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Circular Economy Act : l'UE veut doubler son taux de circularité d'ici 2030

Par Guillaume P.

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12 % de circularité : le constat qui fait mal#

Le taux de circularité de l'Union européenne stagne à 12,2 % en 2024. En clair : sur 100 tonnes de matières consommées par l'économie européenne, à peine 12 tonnes proviennent de matériaux recyclés ou réutilisés. Le reste, c'est de l'extraction vierge.

Pour un continent qui se veut leader mondial de l'économie circulaire, c'est un échec relatif. Et la Commission européenne l'a compris : le Circular Economy Act (CEA) vise à doubler ce taux à 24 % d'ici 2030.

Ce que prévoit le Circular Economy Act#

La proposition législative est attendue au troisième trimestre 2026. Ses objectifs affichés :

  • Créer un marché unique des matières premières secondaires : harmoniser les normes de qualité pour que les matériaux recyclés circulent aussi librement entre États membres que les matières vierges.
  • Doubler le taux de circularité à 24 % : objectif contraignant, pas une simple déclaration d'intention.
  • Réduire la dépendance aux importations : l'UE importe massivement ses matières premières critiques. Recycler plus, c'est aussi de la sécurité économique.

Ce qui change par rapport aux stratégies précédentes, c'est le cadrage. Le CEA n'est pas présenté comme une loi environnementale. C'est un instrument de compétitivité industrielle, intégré au Clean Industrial Deal de la Commission. La nuance est stratégique : on ne parle plus de « sauver la planète », mais de « sécuriser l'industrie européenne ».

Pourquoi ça coince à 12 %#

Le bilan du recyclage en France illustre bien le problème structurel. Le taux de circularité stagne parce que :

L'offre de matières recyclées est insuffisante. Les filières de recyclage ne produisent pas assez de matériaux de qualité suffisante pour l'industrie. Les plastiques recyclés mécaniquement perdent en propriétés à chaque cycle. Le recyclage chimique progresse mais reste marginal.

La demande est faible. Sans obligation d'incorporation, les industriels préfèrent les matières vierges — souvent moins chères et aux propriétés plus prévisibles. Le règlement PPWR sur les emballages impose des taux de contenu recyclé, mais uniquement sur certaines catégories.

Le marché est fragmenté. Chaque État membre a ses propres normes de qualité pour les matières recyclées. Un plastique recyclé certifié en Allemagne n'est pas forcément accepté en Italie. Résultat : pas de marché unique, pas d'économies d'échelle.

Les leviers du CEA#

Zero Waste Europe a publié des propositions concrètes pour alimenter le texte législatif. Parmi les pistes sur la table :

  • Redevances REP modulées : des éco-contributions qui pénalisent réellement les produits non recyclables et récompensent l'écoconception.
  • Fonds de transition vers la circularité : financé par les redevances REP, pour soutenir les investissements dans les infrastructures de recyclage.
  • Objectifs contraignants de réduction des déchets : pas seulement recycler plus, mais produire moins de déchets à la source.
  • Standards de qualité harmonisés : des normes européennes unifiées pour les matières premières secondaires.

Ce que ça change concrètement#

Pour les entreprises françaises, le CEA aura des impacts directs :

Les obligations de contenu recyclé vont se généraliser au-delà des emballages. Les filières REP devront monter en puissance. Les investissements dans le recyclage avancé — chimique, enzymatique, fermentation gazeuse — vont devenir stratégiques.

Pour les collectivités, la pression sur la qualité du tri va s'intensifier. Des matières mieux triées alimentent des filières de recyclage plus performantes, qui produisent des matières secondaires de meilleure qualité, qui trouvent des débouchés industriels. C'est un cercle vertueux, mais il faut le lancer.

Le calendrier#

  • T3 2026 : publication de la proposition législative par la Commission.
  • 2027 : négociations au Parlement européen et au Conseil.
  • 2028-2029 : transposition dans les droits nationaux (si adoption rapide).
  • 2030 : objectif de 24 % de taux de circularité.

Arrêtons de tourner autour du pot : le calendrier est extrêmement ambitieux. Passer de 12 % à 24 % en quatre ans, avec un texte qui n'est même pas encore publié, relève du défi. Mais le signal politique est clair : la circularité n'est plus un sujet de niche environnementale, c'est devenu un enjeu de souveraineté industrielle.

Ce qu'il faut en retenir#

Le Circular Economy Act sera probablement le texte le plus structurant pour l'économie circulaire européenne depuis la directive-cadre déchets. Son approche par la compétitivité plutôt que par l'environnement change la donne politique.

La question n'est plus « faut-il recycler plus ? » mais « comment créer un marché européen des matières recyclées qui fonctionne réellement ? ». Si le CEA y parvient, les filières de recyclage françaises auront enfin un cadre économique viable pour se développer.

Sources#

GP

Guillaume P.

Rédacteur spécialiste web & tech

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