Depuis le 1er janvier 2024, le compostage obligatoire des biodéchets s'est imposé en France. Un an plus tard, le bilan est mitigé : malgré une ambition affichée, l'adoption reste fragmentée et beaucoup de citoyens ignorent encore leur obligation. Voici ce qu'il faut savoir et comment bien s'organiser pour composter chez soi.
Qu'est-ce que le compostage obligatoire ?
La loi AGEC (Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire), promulguée en 2020, a imposé au 1er janvier 2024 le tri à la source des biodéchets pour tous les Français. Cela signifie que chaque personne — ménage, commerce, collectivité — doit séparer ses déchets alimentaires (restes de cuisine, épluchures) et ses déchets verts (tontes de gazon, tailles de haies) du reste des ordures ménagères.
Mais attention : la loi n'oblige pas les citoyens à composter personnellement. Elle oblige les collectivités territoriales à proposer une solution de tri et de compostage (compostage individuel, collectif, ou collecte séparée). La différence est importante.
Le bilan un an après : des progrès timides
Selon ADEME, seuls environ 40 % des français avaient accès à une solution de tri des biodéchets un an après l'obligation. C'est un décalage important par rapport aux délais fixés par la loi.
Les chiffres clés
- 40 % d'accès aux solutions en janvier 2025 (contre 100 % promis)
- 700 000 tonnes de biodéchets triés à la source en 2024 (estimation)
- Variation régionale forte : Île-de-France avancée, zones rurales à la traîne
Pourquoi l'adoption reste lente
Résistance locale : nombreux élus ont retardé la mise en place, arguant de coûts d'infrastructure trop élevés. Une collecte séparée des biodéchets demande des bacs spécifiques, des camions dédiés, des sites de traitement.
Confusion citoyenne : beaucoup ignorent que le compostage obligatoire concerne aussi les petits déchets verts (feuilles mortes, tontes). Ils pensent que jeter épluchures et reste de fruits dans les ordures ménagères suffit.
Manque de sensibilisation : peu de campagnes d'information claire à la source — le message s'est dilué entre "obligation légale", "c'est facultatif", et "ça dépend de votre commune".
Les trois solutions proposées par les collectivités
1. Compostage individuel à domicile
La solution reine pour qui a de l'espace. Un composteur (bac fermé ou tas) dans le jardin où vous versez régulièrement vos biodéchets.
Avantages :
- Récupérez le compost fini (noir, riche, prêt pour le jardin) en 4-6 mois
- Zéro transport, zéro coût supplémentaire (après achat du bac)
- Maîtrise totale du processus
Inconvénients :
- Demande de l'espace (minimum 1 m² pour un bac classique)
- Apprentissage de l'équilibre carbone/azote pour éviter mauvaises odeurs
- Pas adapté aux appartements (sauf lombricomposteur)
2. Compostage collectif en immeuble ou quartier
Des bacs mutualisés gérés par une copropriété, une association de quartier, ou un collectif de résidents.
Avantages :
- Partage des responsabilités d'entretien
- Résultat : du compost pour l'espace vert ou potager commun
- Convivialité et effet de groupe
Inconvénients :
- Nécessite une gouvernance : qui remue ? Qui ajoute du carbone (feuilles, broyat) ?
- Risque de démobilisation
- Conflits si certains résidents ne respectent pas les bonnes pratiques
3. Collecte séparée (bac bleu ou gris)
La collectivité met en place des bacs spécifiques pour les biodéchets, collectés régulièrement et acheminés vers une plateforme de compostage ou de méthanisation.
Avantages :
- Zéro effort : mettez vos biodéchets, la collecte fait le reste
- Pour les appartements notamment
- Traçabilité : les biodéchets sont dirigés vers des filières professionnelles
Inconvénients :
- Coût public répercuté sur les taxes locales
- Compost produit écoulé par la collectivité, pas recuperable personnellement
- Rythme de collecte fixe (1x par semaine souvent) → risque de fermentation/odeur en été
Guide pratique : bien composter chez soi
Si votre commune a mis en place le compostage individuel, voici comment optimiser votre composteur.
Étape 1 : Choisir le bon bac
- Composteur fermé (200-500 L) : idéal en milieu urbain, frein à la prolifération d'insectes
- Composteur à porte : pour retirer le compost fini sans vider tout le bac
- Tas ouvert : pour les gros volumes, moins onéreux
- Lombricomposteur : pour les appartements (vers de terre, compact, pas d'odeur)
Budget : 50 à 400 EUR selon le type. Renseignez-vous auprès de votre mairie — souvent des subventions existent.
Étape 2 : L'équilibre carbone/azote
C'est la clé pour éviter les odeurs nauséabondes.
Apports verts (azote) — biodéchets humides :
- Épluchures, restes de fruits/légumes
- Filtres à café, sachets de thé
- Tontes de gazon frais
- Feuilles fraîches
Apports bruns (carbone) — déchets secs :
- Feuilles mortes
- Broyat, sciure (bois non traité)
- Papier journal, carton
- Paille, foin
Ratio idéal : 1 part de vert pour 2-3 parts de brun. En pratique : versez une poignée de biodéchets, couvrez avec deux poignées de feuilles mortes ou broyat.
Étape 3 : Les gestes d'entretien
- Aérer régulièrement : retournez le compost 1x par mois avec une fourche pour accélérer la dégradation
- Humidité : le compost doit ressembler à une éponge essorée. Trop sec → ralentit, trop mouillé → odeurs
- Éviter : viande, poisson, produits laitiers, huiles, sauce (attirent rongeurs et insectes)
- Accepter les vers : ce sont vos alliés, ils mangent le compost et l'aèrent de l'intérieur
Étape 4 : Récolter et utiliser
Après 4-6 mois (selon climat, aération, apports), le compost est prêt : noir, friable, odeur de terre. Cribler si vous le souhaitez (retirer bois pas décomposé), puis :
- Étaler au pied des plantes du jardin
- Mélanger à de la terre pour les potées balcon
- Donner à des voisins, amis
- Proposer à une école/jardins partagés
Les pièges à éviter
Verser directement des restes dans le bac sans couvrir de matière sèche → garantie d'odeur et de moucherons en une semaine.
Composter après une pluie quand tout est mouillé : vous noierez votre compost.
Relancer trop souvent avant la phase de compostage : attendre que le bac soit raisonnablement rempli avant d'entamer la maturation.
Acheter un composteur surdimensionné pour vous demander six mois plus tard pourquoi ça ne marche pas — un petit bac bien entretenu vaut mieux qu'un grand bac statique.
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Sources
- ADEME — Gestion des biodéchets et compostage, bilan 2024
- Ministère de la Transition Écologique — Tri à la source des biodéchets
- Zero Waste France — Étude adoption compostage 2024



