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Consigne des bouteilles plastique : où en est la France en 2026 ?

11 min de lecture

55,3 % de taux de collecte en 2023. La France est loin, tres loin, de l'objectif europeen de 90 % a atteindre d'ici 2029. Derriere ce chiffre se cache un debat qui fracture le monde du recyclage depuis sept ans : faut-il instaurer une consigne sur les bouteilles en plastique ? En 2026, la pression monte d'un cran. L'Europe force la main, les collectivites resistent, et le gouvernement temporise. Decryptage d'un dossier qui conditionne l'avenir du recyclage des emballages en France.

La consigne, c'est quoi exactement ?

Le principe est simple : vous payez quelques centimes de plus a l'achat d'une bouteille en plastique (ou d'une canette), puis vous recuperez cette somme en la rapportant dans un point de collecte — generalement un automate installe en supermarche. Ce systeme existe deja dans une quinzaine de pays europeens : Allemagne, Pays-Bas, Suede, Danemark, Norvege, Lituanie, entre autres.

Deux variantes coexistent :

  • La consigne pour recyclage : la bouteille rapportee est broyee et recyclee. C'est le modele dominant dans les pays qui l'ont adopte.
  • La consigne pour reemploi : la bouteille est lavee et reutilisee telle quelle, entre 20 et 50 fois avant d'etre finalement recyclee. C'est le modele historique francais (les bouteilles de lait, les bouteilles de biere) qui a quasiment disparu dans les annees 1990.

En France, le debat porte principalement sur la consigne pour recyclage des bouteilles en plastique PET (polyethylene terephtalate) et des canettes metalliques.

Pourquoi la France en parle-t-elle autant ?

Un taux de collecte insuffisant

D'apres les rapports annuels de l'ADEME, le taux de collecte des bouteilles plastique de boisson en France stagne autour de 55 %. En 2022, il atteignait 53,3 %. En 2023, 55,3 %. La progression est reelle mais trop lente au regard des objectifs fixes.

La loi AGEC (Anti-Gaspillage pour une Economie Circulaire), votee en 2020, impose a la France d'atteindre :

  • 77 % de collecte en 2025
  • 90 % de collecte en 2029

Avec 55 % en 2023, l'ecart est de 22 points avec l'objectif 2025 et de 35 points avec l'objectif 2029. A ce rythme de progression (environ 2 points par an), la France n'atteindrait les 90 % qu'aux alentours de 2040 — soit onze ans de retard.

La pression du reglement europeen PPWR

Le reglement europeen sur les emballages et dechets d'emballages (PPWR, pour Packaging and Packaging Waste Regulation), entre en vigueur le 11 fevrier 2025, ajoute une contrainte decisive.

Ses dispositions, applicables a partir du 12 aout 2026, prevoient que la consigne pour recyclage sera obligatoire d'ici le 1er janvier 2029 pour les bouteilles plastique et les canettes, sauf si un Etat membre prouve qu'il a atteint un taux de collecte separee superieur a 80 % en 2026.

Concretement, la France a deux options :

  1. Atteindre 80 % de collecte en 2026 et soumettre un plan credible pour atteindre 90 % en 2029 — ce qui lui eviterait d'instaurer la consigne.
  2. Ne pas atteindre ce seuil et etre contrainte de mettre en place un systeme de consigne avant 2029.

Au rythme actuel, la premiere option parait irrealiste. Passer de 55 % a 80 % en trois ans supposerait un bond sans precedent de 25 points.

Le debat francais : collectivites contre gouvernement

La position des collectivites

Les collectivites territoriales — representees par Intercommunalites de France, France Urbaine et l'association Amorce — s'opposent majoritairement a la consigne pour recyclage. Leurs arguments :

  • Complexite du geste de tri : ajouter un circuit de retour en magasin alors que l'extension des consignes de tri (bac jaune pour tous les plastiques) vient tout juste d'etre generalisee sur l'ensemble du territoire.
  • Cout financier : les collectivites ont investi massivement dans les centres de tri et craignent une perte de recettes si les bouteilles les plus rentables (PET transparent) leur echappent au profit d'un circuit parallele.
  • Risque de devaluation du tri : selon Nicolas Garnier, delegue general d'Amorce, "la consigne monetarise un geste de tri" et risque de devaloriser le geste civique de trier chez soi.
  • Maillage territorial : les automates de deconsignation seraient concentres en grande surface, defavorisant les zones rurales et les petits commerces.

La position du gouvernement

Le gouvernement a lance fin janvier 2025 une concertation nationale reunissant environ 80 structures : industriels, distributeurs, ONG, associations d'elus et de consommateurs. Six reunions nationales etaient prevues jusqu'en juin, avec un point d'etape en avril.

L'objectif affiche : decider avant l'ete 2025 si la France lance un systeme de consigne ou opte pour des mesures alternatives pour renforcer le tri selectif.

Les alternatives proposees

Les collectivites et certaines ONG ont avance plusieurs pistes pour atteindre les 90 % sans consigne :

  • Renforcer le maillage des points de collecte : multiplier les bornes de tri dans l'espace public (gares, parcs, evenements sportifs, plages).
  • Etendre la collecte hors domicile : cibler les lieux de consommation nomade ou le taux de collecte est le plus faible.
  • Augmenter les incitations financieres : moduler l'eco-contribution en fonction du taux de recyclabilite et de la quantite de plastique utilise.
  • Deployer la collecte selective en entreprise : les bureaux, cantines et sites industriels representent un gisement important non capte par la collecte menagere.

Ce qui se passe ailleurs en Europe

Les pays ayant mis en place une consigne pour recyclage affichent des resultats nettement superieurs a ceux de la France :

PaysAnnee d'introductionTaux de collecte
Allemagne200398 %
Norvege199997 %
Pays-Bas200595 %
Lituanie201692 %
Suede198490 %

Ces chiffres parlent d'eux-memes : la consigne permet d'atteindre des taux de collecte superieurs a 90 % en quelques annees. L'Allemagne, pays de reference, a atteint 98 % avec un systeme de consigne a 0,25 euro par bouteille, gere par un organisme central (DPG).

Mais le contexte francais est specifique : le tri selectif menager est bien implante, les collectivites ont construit un reseau dense de centres de tri, et l'extension des consignes de tri a tous les plastiques (lancee en 2023 et finalisee en 2025) n'a pas encore produit tous ses effets.

Les enjeux environnementaux

Le PET, un plastique recyclable... quand il est collecte

Le PET est l'un des plastiques les mieux recycles. Une bouteille en PET collectee peut etre transformee en granules de rPET (PET recycle) et redevenir une bouteille, un vetement en polyester ou un emballage alimentaire. Pour comprendre ce parcours en detail, consultez notre article sur ce que devient vraiment le plastique recycle. Le taux de recyclage du PET collecte en France depasse 60 %, et la reglementation europeenne impose desormais un minimum de 25 % de rPET dans les bouteilles neuves depuis 2025, puis 30 % en 2030.

Le probleme n'est donc pas la capacite de recyclage, mais bien la collecte. Chaque bouteille non collectee finit en incineration, en enfouissement, ou pire, dans la nature. Selon l'ADEME, environ 12 milliards de bouteilles en plastique sont mises sur le marche francais chaque annee. Avec un taux de collecte de 55 %, pres de 5,4 milliards de bouteilles echappent au circuit de recyclage.

Impact carbone

Le recyclage d'une tonne de PET evite l'emission d'environ 2,29 tonnes de CO2 equivalent par rapport a la production de PET vierge a partir de petrole (donnees Citeo). Chaque point de collecte gagne represente donc un gain direct en empreinte carbone evitee.

Calendrier : les dates cles a retenir

DateEcheance
2020Vote de la loi AGEC — objectifs de collecte fixes
2023Extension des consignes de tri a tous les plastiques (debut)
2024Taux de collecte evalue par l'ADEME (~55 %)
2025Objectif AGEC : 77 % de collecte — Entree en vigueur du PPWR
Aout 2026Application des dispositions PPWR — Seuil de 80 % evalue
2029Objectif : 90 % de collecte — Consigne obligatoire si seuil non atteint
2030Minimum 30 % de rPET dans les bouteilles neuves (UE)

FAQ

La consigne va-t-elle remplacer le bac jaune ?

Non. Meme si la consigne etait instauree, elle ne concernerait que les bouteilles plastique de boisson et les canettes. Tous les autres emballages (barquettes, films, pots de yaourt, cartons, briques) resteraient dans le bac jaune. Le tri selectif a domicile continuerait de fonctionner comme aujourd'hui pour la tres grande majorite des emballages.

Combien couterait la consigne au consommateur ?

Dans les pays europeens ou elle existe, le montant de la consigne varie de 0,10 euro (Pays-Bas) a 0,25 euro (Allemagne). Cette somme est entierement remboursee au retour de l'emballage. Le cout reel pour le consommateur est donc nul, a condition de rapporter ses bouteilles. En revanche, la mise en place du systeme (automates, logistique, gestion) represente un investissement initial estime entre 500 millions et 1 milliard d'euros selon les projections du rapport senatorial.

La France peut-elle eviter la consigne ?

Theoriquement, oui — si elle atteint 80 % de collecte en 2026. En pratique, l'ecart avec le taux actuel (environ 55 %) rend cet objectif tres difficile a atteindre. La plupart des observateurs s'accordent a dire que la consigne, sous une forme ou une autre, finira par s'imposer en France. La question n'est plus "si" mais "quand" et "comment".

Et la consigne pour le reemploi ?

La loi AGEC a fixe des objectifs de reemploi des emballages : 5 % en 2023 et 10 % en 2027. L'experimentation ReUse, financee par Citeo, a reuni 370 magasins dans quatre regions pour tester la consigne pour reemploi. Mais ce dispositif concerne principalement les bouteilles en verre et les emballages standardises (bocaux, contenants alimentaires). La consigne pour reemploi des bouteilles plastique reste marginale.

Quel est le modele le plus ecologique : consigne ou tri selectif ?

Les deux approches ne s'excluent pas. Les pays les plus performants combinent un systeme de consigne pour les contenants de boisson (bouteilles, canettes) et un tri selectif menager pour tous les autres emballages. D'un point de vue strictement environnemental, la consigne offre un taux de collecte superieur et un flux plus propre (moins de contamination), ce qui ameliore la qualite du recyclage. L'ideal est un modele hybride.

La France face a un choix inevitable

Le statu quo n'est plus tenable. Avec 55 % de collecte et un objectif europeen de 90 % a atteindre en trois ans, la France doit accelerer radicalement. Le traite mondial contre la pollution plastique renforce cette pression a l'echelle internationale. La consigne n'est pas une solution miracle — c'est un outil parmi d'autres. Mais les resultats obtenus dans les pays voisins montrent qu'elle fonctionne la ou le tri selectif seul plafonne.

Le debat entre collectivites et gouvernement est legitime : il porte sur la repartition des couts, la gouvernance du systeme et l'impact sur les fillieres existantes. Mais l'echeance de 2029 ne se negocie pas. Quelle que soit la forme choisie, la France devra multiplier par presque deux son taux de collecte des bouteilles plastique en moins de trois ans. Le compte a rebours a commence.

Sources


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