La consigne sur les bouteilles revient régulièrement dans le débat public français. Expérimentée pour le verre dans quatre régions depuis mai 2025, toujours reportée pour le plastique, elle cristallise les tensions entre État, collectivités et industriels. En toile de fond : une obligation européenne qui imposera un système de consigne d'ici 2029 si la France n'atteint pas 90 % de collecte des bouteilles plastique.
Un retard français préoccupant
Les chiffres parlent d'eux-mêmes. L'objectif européen de collecte des bouteilles plastique est fixé à 77 % en 2025 et 90 % en 2029. Or la France plafonne en dessous de 60 %. Pendant ce temps, l'Allemagne atteint 98 % grâce à son système de consigne (Pfand), en place depuis 2003.
Ce retard a un coût direct : la France verse chaque année une taxe européenne sur les emballages plastiques non recyclés, soit plus de 1,2 milliard d'euros en 2021. Pour mieux comprendre ces écarts, consultez notre bilan des taux de recyclage en France.
Consigne pour recyclage vs consigne pour réemploi
Deux systèmes très différents coexistent sous le même terme :
- Consigne pour recyclage : le consommateur rapporte sa bouteille (plastique ou canette), récupère quelques centimes, et l'emballage est broyé puis recyclé en nouvelle matière. C'est le modèle allemand, scandinave, balte.
- Consigne pour réemploi : la bouteille (généralement en verre) est collectée, lavée et remplie à nouveau, plusieurs dizaines de fois. C'est le modèle historique français des années 1950-1960, aujourd'hui relancé.
Les enjeux environnementaux ne sont pas les mêmes. Le réemploi évite de refabriquer un emballage à chaque utilisation. Le recyclage, lui, augmente le taux de collecte et la qualité de la matière récupérée. Les deux ont leur place, selon le type d'emballage et la logistique locale.
L'expérimentation verre : quatre régions pionnières
Depuis mai 2025, la consigne pour réemploi du verre est testée dans quatre grandes régions : Pays-de-la-Loire, Bretagne, Normandie et Hauts-de-France. Seize millions de Français peuvent acheter des produits de grande consommation dans des emballages en verre réemployables, directement en grande surface.
Le dispositif repose sur un maillage de centres de lavage régionaux et un système de retour en magasin. Les premiers retours d'expérience montrent un bon accueil des consommateurs, mais des défis logistiques importants : standardisation des bouteilles, investissement en infrastructure de lavage, coordination entre producteurs et distributeurs.
Pour un aperçu plus large de la filière verrière, notre article sur le recyclage du verre en France complète utilement ce sujet.
Consigne plastique : le débat qui n'en finit pas
L'État pousse, les collectivités freinent
Le gouvernement a relancé la concertation sur la consigne pour recyclage des bouteilles plastique, réunissant environ 80 structures (industriels, distributeurs, ONG, associations d'élus). Six réunions nationales étaient prévues, élargies aux canettes en aluminium et aux briques de boissons.
Mais les collectivités territoriales restent fermement opposées. Leur argument principal : la consigne pour recyclage siphonnerait les bouteilles PET du bac jaune, privant les centres de tri d'un flux rentable qui finance en partie la gestion des autres déchets. L'équilibre économique de la collecte sélective serait menacé.
Les arguments des deux camps
Pour la consigne :
- Augmentation spectaculaire du taux de collecte (98 % en Allemagne)
- Meilleure qualité de la matière récupérée (moins de contamination)
- Signal prix pour le consommateur
- Conformité avec l'obligation européenne de 2029
Contre la consigne :
- Complexité ajoutée au geste de tri
- Coût d'infrastructure (automates de collecte, logistique retour)
- Déstabilisation financière des collectivités
- L'extension des consignes de tri pourrait suffire si elle est correctement déployée
L'ADEME muette
Fait notable : l'ADEME, pourtant tenue par la loi AGEC de publier chaque année le taux de collecte des bouteilles plastique, n'a pas publié ses données en 2024. L'étude a été réalisée mais ses conclusions n'ont jamais été rendues publiques, alimentant les soupçons des deux camps.
L'échéance européenne de 2029
Le règlement européen sur les emballages (PPWR), adopté par le Parlement européen, impose à chaque État membre de mettre en place un système de consigne pour les bouteilles plastique à usage unique au plus tard le 1er janvier 2029.
La seule exemption possible : justifier d'un taux de collecte séparée des bouteilles plastique supérieur à 90 % sans système de consigne. Au rythme actuel, la France en est très loin.
Cette échéance change la donne politique. Il ne s'agit plus de savoir si la consigne arrivera, mais quand et sous quelle forme. Les pays qui ont mis en place un système tôt (Lituanie, Estonie, Finlande, Danemark, Suède) ont tous dépassé les 90 % de collecte en quelques années.
Ce qu'il faut retenir
La France avance prudemment, avec une expérimentation verre prometteuse et un débat plastique toujours enlisé. Mais le cadre européen ne laisse plus beaucoup de marge de manœuvre : sans consigne ou sans bond spectaculaire de la collecte, la France devra s'y conformer d'ici 2029. Le modèle reste à définir, mais le statu quo n'est plus une option.



