Le BTP génère 46 millions de tonnes de déchets par an rien que pour le secteur du bâtiment — premier gisement de déchets en France, devant les ordures ménagères. La moitié provient des chantiers de démolition. Or, la majorité de ces matériaux — béton, brique, métal, bois, plâtre — peuvent être soit réemployés directement, soit recyclés en granulats ou matières secondaires. Ce n'est plus une question de bonne volonté : en 2026, c'est une obligation légale.
Démolition sélective : l'obligation avant le chantier
Avant d'abattre quoi que ce soit, le maître d'ouvrage doit faire réaliser un diagnostic PEMD (Produits-Équipements-Matériaux-Déchets). Obligatoire depuis 2022 pour les bâtiments de plus de 1 000 m² SHON, ce diagnostic cartographie tous les matériaux présents, identifie ceux réutilisables, et estime les quantités de déchets.
C'est là que commence la démolition sélective — ou déconstruction sélective. L'idée : démonter plutôt qu'abattre, matériau par matériau, pour préserver leur intégrité et ouvrir la voie au réemploi. Une démolition au bulldozer mélange tout et condamne les matériaux au recyclage bas de gamme (remblai). Une déconstruction ordonnée permet de récupérer des portes, des fenêtres, des éléments de charpente, des équipements sanitaires, des luminaires — en état d'utilisation.
La réglementation l'impose également via le diagnostic amiante préalable (obligatoire pour tout bâtiment construit avant le 1er juillet 1997) et le tri des 9 flux sur chantier : bois, métal, plastique, plâtre, verre, béton/briques/tuiles, papier/carton, fractions minérales inertes, et déchets dangereux.
Réemploi : les plateformes qui changent la donne
Le réemploi, c'est le niveau supérieur du recyclage : le matériau est réutilisé sans transformation, ce qui évite l'énergie du recyclage et conserve la valeur incorporée. Deux acteurs structurent ce marché en France.
Backacia est une marketplace B2B dédiée au réemploi de matériaux et équipements de construction. Les acheteurs trouvent du matériel professionnel jusqu'à 80 % moins cher : portes industrielles, menuiseries, appareils sanitaires, éléments de façade issus de démolitions ou de surplus de chantier. Backacia couple une AMO (assistance à maîtrise d'ouvrage) circulaire : audit du gisement de réemploi avant démolition, commercialisation des matériaux, rapport de fin d'opération.
Rotor, association belge active depuis 2005 avec des opérations en France, a porté le projet européen FCRBE (Facilitating the Circulation of Reclaimed Building Elements) réunissant onze organisations en Belgique, France, Pays-Bas, Royaume-Uni et Luxembourg. L'objectif : créer une chaîne logistique fluide pour les éléments de construction récupérés.
D'autres acteurs complètent l'offre : Cycle Up, Réavie, Raedificare (qui vise à faire du réemploi un métier à part entière dans le BTP), et les ressourceries du bâtiment locales présentes dans plusieurs grandes agglomérations. La symbiose industrielle s'applique ici aussi : des zones d'aménagement pilotes pratiquent la mise en réseau de chantiers pour que les surplus de l'un alimentent les besoins de l'autre.
Objectif fixé par les éco-organismes REP PMCB : 4 % de matériaux réemployés en 2027, 5 % en 2028. Aujourd'hui, on est à moins de 1 %. L'écart est colossal. La structuration des plateformes et la montée en compétences des diagnostiqueurs PEMD sont les deux leviers principaux.
Béton recyclé : la norme NF EN 206 et ses limites
Le béton représente la part la plus massive des déchets de démolition. Il se concasse sans difficulté pour produire des granulats recyclés. Ce qui a changé en 2022, c'est la norme NF EN 206+A2/CN : elle autorise désormais jusqu'à 30 % de granulats recyclés dans les bétons structuraux ordinaires, et distingue trois types de granulats selon leur pureté.
- Type 1 : au moins 95 % de béton concassé — utilisable dans les bétons armés
- Type 2 : au moins 90 % de béton concassé — utilisable dans les bétons armés
- Type 3 : au moins 70 % de béton concassé — réservé aux bétons non armés
UNICEM, l'union des industries de carrières, vise 90 % de valorisation des inertes et plus de 30 % des granulats utilisés en construction issus du recyclage d'ici 2025-2026. Ces objectifs ne seront pas atteints sans une organisation plus rigoureuse du tri sur les chantiers de démolition.
Le principal frein reste la contamination : présence de plâtre (qui affecte la résistance du béton recyclé), de bois, d'amiante dans les bâtiments anciens. D'où l'importance du diagnostic amiante et du tri sélectif — sans eux, les granulats recyclés sont déclassés en remblai routier, leur usage le moins valorisant.
REP PMCB 2026 : ce qui est exigible maintenant
La filière REP PMCB — créée par la loi AGEC, opérationnelle depuis 2023 — est entrée dans sa phase active. Un moratoire avait été décidé jusqu'à mi-2026 pour sécuriser le déploiement. Voici l'état actuel des obligations pour les professionnels :
Reprise gratuite des déchets dans les points de collecte agréés par les quatre éco-organismes : Valobat, Ecominero, Ecomaison et Valdelia. Les artisans peuvent déposer leurs déchets de chantier sans frais dans le réseau conventionné.
Prise en charge à 80 % des coûts de collecte sur chantier pour les volumes dépassant 50 m³ — opérationnelle depuis janvier 2026. Concrètement : pour un chantier de démolition d'immeuble, la majeure partie du coût logistique est couverte.
Bordereau de suivi des déchets (BSD) obligatoire pour tous les déchets dangereux — amende jusqu'à 75 000 euros en cas de manquement.
Diagnostic PEMD obligatoire avant démolition des bâtiments de plus de 1 000 m² SHON — sans ce diagnostic, le maître d'ouvrage ne peut légalement pas engager la démolition.
Les contrôles DREAL se renforcent. Les dépôts sauvages de déchets BTP engagent la responsabilité du maître d'ouvrage, pas seulement de l'entreprise de démolition.
Ce que le BTP doit mettre en place concrètement
Pour les professionnels qui n'ont pas encore adapté leurs pratiques, voici les priorités opérationnelles :
- Intégrer le diagnostic PEMD systématiquement dès la phase de consultation, avant toute démission de marché de démolition.
- Former les conducteurs de travaux au tri des 9 flux — un mélange des déchets non triés en fin de chantier coûte cher en frais de traitement et contredit la traçabilité.
- Référencer un diagnostiqueur PEMD agréé — c'est un métier en train de se structurer, les prestataires sont encore rares dans certaines régions.
- Nouer des partenariats avec des plateformes de réemploi avant d'engager une démolition — identifier en amont les matériaux réemployables évite la dégradation lors de l'abattage.
- Mettre en place un suivi BSD numérique — plusieurs outils SaaS permettent de gérer la traçabilité déchets en temps réel depuis le chantier.
L'économie circulaire dans le BTP n'est plus un concept de tribune. Elle se traduit chantier par chantier, matériau par matériau, et les obligations légales de 2026 ne laissent plus de marge à l'inaction.
Chiffres-clés à retenir
- 46 Mt de déchets du bâtiment par an en France
- 51 % proviennent des chantiers de démolition
- Moins de 1 % des matériaux sont aujourd'hui réemployés (objectif : 5 % en 2028)
- 30 % de granulats recyclés autorisés dans le béton structurel (NF EN 206+A2/CN)
- 4 éco-organismes REP PMCB agréés : Valobat, Ecominero, Ecomaison, Valdelia
Le panorama des filières de recyclage en France donne une vision d'ensemble du secteur. Pour la réglementation BTP spécifique, la loi AGEC et ses obligations 2025-2026 détaille les textes applicables.
Sources
- Filière REP PMCB — ADEME — éco-organismes agréés, cahier des charges, objectifs réemploi
- Les granulats recyclés dans la norme béton NF EN 206+A2/CN — Infociments — types de granulats, taux d'incorporation réglementaires
- Diagnostic PEMD — France Apave — contenu du diagnostic, obligations légales
- Backacia — plateforme réemploi BTP — marketplace B2B matériaux de réemploi
- REP PMCB : réemploi, réparation et recyclage — Batiweb — mise en œuvre pratique
- Économie circulaire dans la filière réemploi en construction — Étanchéité Info — état des lieux filière réemploi



