Extension des consignes de tri : la simplification enfin généralisée en 2026

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98 % de la population française peut désormais trier tous les emballages. Depuis le 1er janvier 2023, l'extension des consignes de tri est effective en métropole pour 68 millions d'habitants. Une révolution silencieuse qui a pris plus de cinq ans à se déployer, portée par Citeo et 944 millions d'euros d'investissement. En 2026, avec l'extension aux DROM-COM, ce sont 70,2 millions de Français qui peuvent enfin appliquer une règle simple : tous les emballages dans la poubelle jaune.

Pourtant, trois ans après la généralisation, le geste n'est pas encore ancré partout. Près de 30 % des déchets jetés dans les bacs jaunes sont des refus de tri selon les dernières données Citeo. Et à l'inverse, trop d'emballages recyclables finissent encore dans les ordures ménagères. Où en sommes-nous vraiment ? Que change cette simplification pour votre quotidien et pour le recyclage en France ?

L'extension des consignes de tri : de quoi parle-t-on ?

Avant 2023 : un patchwork de consignes

Jusqu'en 2022, les consignes de tri variaient d'une commune à l'autre. Dans certaines collectivités, seuls les bouteilles et flacons plastiques allaient dans le bac jaune. Ailleurs, tous les plastiques étaient acceptés. Cette disparité créait une confusion permanente pour les 18 millions de Français qui déménagent chaque année.

Exemple concret : un pot de yaourt en plastique, c'était bac jaune à Lyon, ordures ménagères à Marseille et poubelle grise avec tri spécifique à Paris. Trois villes, trois règles. Résultat : un taux d'erreur de tri dépassant 30 % dans certaines collectivités.

Depuis 2023 : une règle unique

L'extension des consignes de tri simplifie radicalement : tous les emballages, sans exception, vont dans le bac jaune. Peu importe la matière : plastique rigide (bouteilles, flacons), plastique souple (films, sachets), aluminium (canettes, barquettes), acier (conserves), carton (boîtes, suremballages), papier (prospectus, journaux), briques alimentaires.

Cette harmonisation nationale est inscrite dans la loi AGEC de février 2020, qui impose la simplification et l'extension du geste de tri sur 100 % du territoire d'ici fin 2022. L'objectif : lever les freins au recyclage et augmenter les tonnages collectés.

Les chiffres de l'extension : un déploiement massif

Métropole : 68 millions d'habitants couverts

Au 1er janvier 2023, 98 % de la population métropolitaine bénéficie de l'extension des consignes de tri, soit 68 millions d'habitants. Cette couverture quasi-totale est le fruit d'un déploiement progressif engagé en 2012, puis accéléré à partir de 2017.

Citeo, l'éco-organisme chargé de piloter cette transition, a mobilisé 944 millions d'euros entre 2018 et 2023 pour moderniser 450 centres de tri en France. Ces investissements ont permis d'installer des équipements de tri optique capables d'identifier et de séparer automatiquement les différentes résines plastiques : PET (bouteilles transparentes), PEHD (flacons opaques), PP (pots de yaourt, barquettes), PS (gobelets, barquettes).

DROM-COM : 2,2 millions d'habitants supplémentaires en 2026

Le 1er janvier 2026 marque une nouvelle étape : l'extension des consignes de tri atteint les Départements et Régions d'Outre-Mer et les Collectivités d'Outre-Mer. 2,2 millions d'habitants supplémentaires peuvent désormais trier tous les emballages. Cette extension tardive s'explique par des contraintes logistiques spécifiques : éloignement géographique, absence de centres de tri locaux, coût du fret pour acheminer les matériaux recyclables vers des filières de recyclage en métropole ou à l'international.

À titre d'exemple, en Guadeloupe, les plastiques collectés sont conditionnés en balles puis exportés vers des recycleurs européens ou asiatiques. Le coût du transport maritime représente jusqu'à 40 % du coût total de recyclage dans ces territoires.

81 500 entreprises clientes de Citeo

L'extension des consignes de tri concerne directement les entreprises qui mettent des emballages sur le marché français. Citeo compte 81 500 entreprises clientes qui financent le dispositif via l'éco-contribution. Cette contribution est calculée en fonction du tonnage d'emballages mis en circulation et du niveau de recyclabilité : un emballage 100 % recyclable paie moins qu'un emballage complexe difficile à trier.

Ce qui change concrètement dans votre poubelle jaune

Tous les plastiques, même les plus petits

Avant l'extension, seuls les bouteilles et flacons étaient acceptés. Désormais, tous les emballages plastiques vont dans le bac jaune :

  • Pots de yaourt (PS ou PP) — 500 millions jetés chaque année en France
  • Barquettes alimentaires (viande, poisson, fruits) — transparentes, noires ou blanches
  • Films et sachets (pain, fruits, légumes, suremballages de packs d'eau)
  • Tubes (dentifrice, crème, mayonnaise)
  • Boîtes (beurre, fromage frais, glaces)
  • Blisters (piles, jouets, quincaillerie)

Attention : cette règle s'applique aux emballages uniquement. Un objet en plastique (jouet, cintre, brosse à dents) n'est pas un emballage et ne va pas dans le bac jaune, même s'il est en plastique. Seule la fonction compte : l'emballage sert à contenir, protéger ou transporter un produit au moment de l'achat. Une fois le produit consommé, l'emballage devient un déchet à trier. Notre guide complet du tri sélectif détaille cette distinction fondamentale.

Les résines acceptées : de quoi parle-t-on ?

Les plastiques ne sont pas tous identiques. Il existe sept grandes familles de résines, identifiées par un code à trois flèches sur les emballages (de 1 à 7) :

CodeRésineExemples d'emballagesTri
1PET (polyéthylène téréphtalate)Bouteilles d'eau, de sodaOui
2PEHD (polyéthylène haute densité)Flacons de lait, de shampoingOui
5PP (polypropylène)Pots de yaourt, barquettesOui
6PS (polystyrène)Gobelets, barquettes de viandeOui
4PEBD (polyéthylène basse densité)Films souples, sacsOui

Avant l'extension, seuls les codes 1 (PET) et 2 (PEHD) étaient collectés. Depuis 2023, les codes 4, 5 et 6 sont acceptés partout. Cette évolution représente un gain théorique de 3 kg d'emballages recyclables par habitant et par an selon Citeo.

Ce qui ne change pas : vider et secouer suffit

Contrairement à une idée reçue, il n'est pas nécessaire de laver les emballages avant de les jeter. L'ADEME et Citeo sont formels : vider et secouer suffit. Un rinçage rapide à l'eau de vaisselle usagée est un plus, mais gaspiller de l'eau potable pour récurer un pot de yaourt est contre-productif d'un point de vue environnemental.

Exception : un emballage très souillé (carton de pizza imbibé de graisse, barquette pleine de sauce) contamine les autres matériaux dans la chaîne de tri. Dans ce cas, soit vous rincez rapidement, soit vous jetez en ordures ménagères. Le bon sens prime.

Les résultats trois ans après : où en sommes-nous ?

Des tonnages en hausse, mais un taux de refus qui persiste

L'extension des consignes de tri a permis d'augmenter les tonnages d'emballages collectés. Selon Citeo, les territoires ayant déployé l'extension collectent en moyenne 3 kg supplémentaires par habitant et par an. À l'échelle nationale, cela représente environ 200 000 tonnes de matériaux recyclables supplémentaires chaque année.

Mais ces chiffres cachent une réalité plus nuancée. Le taux de refus en centre de tri reste élevé : entre 20 % et 30 % selon les collectivités. Un refus de tri, c'est un déchet déposé dans le bac jaune qui n'aurait pas dû s'y trouver : objet en plastique non-emballage, verre, textile, déchet souillé. Ces refus sont extraits de la chaîne de tri et partent en incinération ou en enfouissement, sans bénéfice environnemental.

Pour comprendre pourquoi autant d'erreurs persistent, consultez notre article sur les 15 erreurs de tri les plus courantes.

Le taux de recyclage des emballages : 67 % en 2024

En 2024, le taux de recyclage des emballages ménagers atteint 67 à 69 % en France selon les données Citeo et ADEME. Ce chiffre représente la proportion d'emballages effectivement recyclés par rapport aux emballages mis sur le marché.

Ce taux global masque des disparités importantes entre matériaux :

  • Acier : 100 % (recyclé à l'infini via les aciéries électriques)
  • Verre : 85 % (filière la plus mature, recyclage à l'infini)
  • Aluminium : 61 % (canettes et barquettes alu)
  • Papier-carton : 69 % (journaux, magazines, cartons d'emballage)
  • Plastiques : 25 % (le maillon faible)

Le plastique reste le talon d'Achille du recyclage français. Malgré l'extension des consignes de tri, le taux de recyclage du plastique plafonne à 25 %, l'un des plus faibles de l'Union européenne. Plusieurs raisons expliquent ce retard :

  • Complexité des résines : certains plastiques (PVC, PS expansé) sont difficilement recyclables avec les technologies actuelles
  • Contamination : un plastique souillé ou composé de plusieurs résines collées est rejeté
  • Débouchés limités : le marché du plastique recyclé (rPET, rPP) est encore insuffisant pour absorber tous les gisements collectés
  • Export : une partie des plastiques collectés en France est exportée en Asie, où les conditions de recyclage sont opaques

Pour aller plus loin, consultez notre panorama des filières de recyclage en France qui détaille le parcours de chaque matériau.

La consigne en embuscade : 2029, année fatidique ?

L'objectif européen fixé par le règlement PPWR (Packaging and Packaging Waste Regulation) est clair : 90 % de collecte des bouteilles plastiques d'ici 2029. La France est actuellement à environ 60 % selon les données 2022-2023. Pour atteindre cet objectif, deux options :

  1. Améliorer drastiquement le tri sélectif via l'extension des consignes de tri et le renforcement de la collecte hors domicile (espaces publics, entreprises, événements)
  2. Instaurer une consigne pour recyclage sur les bouteilles plastiques, comme en Allemagne (98 % de collecte) ou en Norvège (97 %)

La loi AGEC prévoit que si la France n'atteint pas 77 % de collecte en 2025, le gouvernement devra mettre en place un dispositif de consigne avant 2029. Avec un taux actuel de 60 %, l'échéance se rapproche. Le débat sur la consigne des bouteilles plastiques fracture le monde du recyclage entre collectivités (qui y sont majoritairement opposées) et industriels (plutôt favorables).

Les obstacles qui freinent encore le recyclage

La confusion persiste chez les consommateurs

Malgré trois ans de communication, 30 % des Français déclarent encore ne pas savoir quoi mettre dans le bac jaune selon un sondage OpinionWay pour Citeo (2025). Les principales sources de confusion :

  • Objets en plastique vs emballages : un jouet cassé n'est pas un emballage, mais beaucoup le jettent dans le bac jaune par réflexe
  • Emballages souillés : faut-il les laver ou non ? La règle (vider suffit) n'est pas encore ancrée
  • Plastiques noirs : invisibles pour les machines de tri optique, ils finissent en refus même s'ils sont jetés dans le bon bac
  • Variabilité locale : quelques collectivités tardent à appliquer l'extension complète, créant des exceptions qui brouillent le message national

Pour lever ces doutes, l'application Guide du tri de Citeo permet de scanner le code-barres d'un produit et de savoir instantanément dans quelle poubelle le jeter. Elle recense également les points de collecte spécifiques (verre, textiles, déchèterie) à proximité de chez vous.

Les centres de tri saturés

L'extension des consignes de tri a provoqué une hausse de 15 à 20 % des tonnages entrants dans les centres de tri entre 2022 et 2024. Tous n'ont pas été modernisés à temps pour absorber ce flux supplémentaire. Résultat : certains centres fonctionnent à flux tendu, avec des temps de tri raccourcis et un risque accru d'erreurs.

Les 450 centres de tri modernisés en France ne suffisent pas encore à traiter l'ensemble des emballages collectés dans des conditions optimales. L'objectif national est d'atteindre 500 centres de tri d'ici 2030, avec des équipements de pointe (tri robotisé par intelligence artificielle, tri optique multi-caméras).

Le marché du recyclage sous tension

Trier, c'est bien. Recycler, c'est mieux. Mais encore faut-il que les matériaux collectés trouvent des débouchés industriels. Or, le marché du plastique recyclé reste fragile :

  • Prix volatil : le rPET (PET recyclé) est soumis aux fluctuations du prix du pétrole. Quand le pétrole est bas, le plastique vierge redevient compétitif et les industriels délaissent le recyclé
  • Qualité variable : un plastique recyclé issu d'un tri approximatif contient des impuretés qui limitent ses usages (pas d'alimentaire, pas de médical)
  • Exportation : faute de capacités de recyclage suffisantes en France, une partie des plastiques collectés est exportée vers l'Asie ou l'Europe de l'Est

L'objectif européen est d'incorporer 25 % de plastique recyclé dans les nouvelles bouteilles PET d'ici 2025, puis 30 % en 2030. Pour y parvenir, il faut non seulement collecter davantage, mais surtout améliorer la qualité du tri. Les taux de recyclage par matériau montrent qu'il reste une marge de progression importante sur les plastiques.

Ce qui va changer d'ici 2029

Renforcement de la collecte hors domicile

La collecte en porte-à-porte ne suffit plus. Une part croissante de la consommation se fait hors domicile : restaurants, bureaux, transports en commun, événements sportifs, plages, parcs. Or, ces lieux sont sous-équipés en points de tri.

La loi AGEC impose aux collectivités d'installer des points de tri dans l'espace public. D'ici 2027, toutes les gares, tous les centres commerciaux et tous les grands événements devront proposer des bacs de tri sélectif. L'objectif : capter les 20 % d'emballages consommés nomadement qui échappent actuellement au circuit de collecte.

Modulation de l'éco-contribution selon la recyclabilité

Citeo expérimente depuis 2022 une éco-modulation renforcée : les emballages les plus faciles à recycler (bouteilles PET transparentes, cartons ondulés) paient moins d'éco-contribution que les emballages problématiques (barquettes noires, multicouches complexes).

Cette incitation financière pousse les industriels à éco-concevoir leurs emballages. Depuis 2023, plusieurs grandes marques ont abandonné les barquettes noires (invisibles au tri optique) au profit de barquettes transparentes ou blanches. L'impact est mesurable : le taux de refus pour les barquettes alimentaires a baissé de 5 points entre 2023 et 2025 dans les centres de tri équipés.

Digitalisation du tri : vers l'IA et la robotique

Les centres de tri nouvelle génération intègrent des robots de tri pilotés par intelligence artificielle. Ces robots, équipés de caméras multi-spectrales et de bras articulés, peuvent identifier et extraire des emballages à une cadence de 60 à 80 objets par minute, soit deux fois plus vite qu'un agent de tri manuel.

L'avantage : moins de pénibilité pour les opérateurs, moins d'erreurs, meilleur tri des petits formats. L'inconvénient : un coût d'investissement élevé (entre 500 000 et 1 million d'euros par robot). Seuls les grands centres de tri mutualisés peuvent se les offrir.

Ce que vous pouvez faire pour améliorer le recyclage

Adoptez les bons réflexes au quotidien

  1. Tous les emballages vont dans le bac jaune — même les petits, même les films souples
  2. Videz et secouez — pas besoin de laver, mais pas de restes alimentaires non plus
  3. Ne les emboîtez pas — chaque emballage doit être jeté séparément pour être identifié par les machines
  4. Aplatissez les cartons et bouteilles — gain de place dans le bac et dans le camion de collecte
  5. Laissez les bouchons vissés — ils seront recyclés avec la bouteille

Utilisez les outils disponibles

L'application Guide du tri (Citeo) permet de scanner le code-barres d'un produit et de savoir instantanément où le jeter. Elle géolocalise également les points de collecte spécifiques près de chez vous : conteneurs à verre, bornes textiles, déchèteries.

Le site quefairedemesdechets.ademe.fr propose un moteur de recherche par type de déchet et par code postal. Tapez "capsule de café" ou "jouet en plastique", il vous indique la bonne filière dans votre commune.

Réduisez à la source

Le meilleur déchet est celui qu'on ne produit pas. Quelques pistes pour réduire vos emballages :

  • Achat en vrac : fruits, légumes, céréales, légumineuses, produits d'entretien
  • Contenants réutilisables : gourde, tote bag, boîtes hermétiques
  • Produits sans suremballage : privilégiez les formats familiaux et les recharges
  • Consigne : certains commerces proposent des contenants consignés (bières artisanales, produits laitiers locaux)

Pour savoir que mettre dans chaque poubelle, consultez notre guide dédié qui récapitule les consignes par couleur de bac.

Un bilan en demi-teinte, mais des perspectives encourageantes

Trois ans après le déploiement complet de l'extension des consignes de tri en métropole, le bilan est contrasté. D'un côté, 68 millions de Français peuvent désormais trier tous les emballages avec une règle simple et unifiée. Les tonnages collectés augmentent, les centres de tri se modernisent, les industriels éco-conçoivent leurs emballages.

De l'autre, le taux de refus reste élevé (30 % dans certaines collectivités), le recyclage du plastique plafonne à 25 %, et l'objectif européen de 90 % de collecte des bouteilles plastiques d'ici 2029 semble hors d'atteinte sans mesures complémentaires. La question de la consigne pour recyclage reviendra sur la table d'ici 2027 si la progression reste insuffisante.

Mais une chose est sûre : trier n'a jamais été aussi simple. Tous les emballages dans le bac jaune, partout en France. C'est un acquis fragile, le fruit de 944 millions d'euros d'investissement et de quinze ans de travail. À nous de le faire vivre en adoptant les bons gestes au quotidien.

Sources

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