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Habitat circulaire : RE2020 et réemploi des matériaux de construction

Par Guillaume P.

6 min de lecture
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La RE2020 change les règles du jeu dans le BTP#

Depuis son entrée en vigueur en janvier 2022, la Réglementation Environnementale 2020 (RE2020) impose aux constructions neuves de respecter des seuils d'impact carbone sur l'ensemble du cycle de vie du bâtiment, structure, enveloppe, équipements. Ce que beaucoup de maîtres d'ouvrage n'ont pas encore intégré : les matériaux réemployés sont considérés avec un impact carbone nul dans le calcul RE2020.

Cette disposition n'est pas anecdotique. Elle transforme le réemploi des matériaux de construction d'une démarche militante en avantage compétitif réel, surtout à l'approche des paliers de resserrement des seuils prévus en 2025, 2028 et 2031.


Ce que dit concrètement la RE2020 sur le réemploi#

La RE2020 intègre le réemploi dans son indicateur Ic construction, qui mesure les émissions carbone des composants du bâtiment (hors énergie). Deux points clés :

Impact carbone nul pour les matériaux réemployés#

Un matériau réemployé, une poutre métallique récupérée d'un bâtiment démoli, des briques de parement récupérées en déconstruction sélective, des menuiseries en bon état, est comptabilisé à zéro dans l'Ic construction. Il n'a pas eu besoin d'être produit, donc pas d'émissions à lui attribuer.

Pour les maîtres d'ouvrage qui cherchent à atteindre les seuils sans recourir massivement au bois ou aux biosourcés (filières encore limitées en volume), le réemploi offre une marge de manœuvre intéressante sur certains postes : revêtements de sol, cloisons, menuiseries intérieures, mobilier technique.

Des seuils qui se resserrent jusqu'en 2031#

Le calendrier réglementaire est le suivant :

  • 2022 : seuils initiaux RE2020 applicables aux maisons individuelles et immeubles collectifs
  • 2025 : premier resserrement de l'Ic construction (en vigueur depuis le 1er janvier 2025)
  • 2028 : deuxième palier
  • 2031 : palier final, le plus contraignant

Ce calendrier progressif donne du temps aux filières pour s'organiser, mais il crée aussi une pression croissante sur les équipes de conception. Les projets qui démarrent aujourd'hui seront livrés en 2027-2028 : les concepteurs doivent anticiper les seuils applicables à la livraison, pas ceux d'aujourd'hui.


La filière REP PMCB : un levier structurant, en cours de réforme#

La Responsabilité Élargie du Producteur pour les Produits et Matériaux de Construction du Bâtiment (REP PMCB) a été instaurée par la loi AGEC (2020) et mise en œuvre à partir de 2023. Elle impose aux fabricants de contribuer à la collecte et au traitement des déchets issus de leurs produits.

Son objectif : financer des points de collecte accessibles aux artisans et aux entreprises du BTP, pour éviter que les déchets de chantier ne finissent en décharge sauvage ou dans les déchèteries municipales saturées.

En pratique, la filière a rencontré des difficultés significatives :

  • Couverture géographique inégale des points de reprise
  • Coûts de traçabilité élevés pour les petites entreprises
  • Modèle économique contesté par certains acteurs

Un moratoire a été instauré au printemps 2025, et depuis 2026, une réforme du dispositif est en cours au ministère de la Transition écologique. L'objectif affiché : un système plus simple, plus accessible, économiquement viable pour toute la chaîne. Les arbitrages ne sont pas encore rendus publics au moment de la rédaction de cet article.


Le réemploi dans le BTP : où en est-on vraiment ?#

Soyons directs : le réemploi des matériaux de construction reste une pratique marginale en France. Moins de 1 % du gisement total des déchets du bâtiment fait l'objet d'un réemploi. Pour comparer, le secteur génère environ 46 millions de tonnes de déchets par an, le premier gisement de déchets en volume en France, devant les déchets ménagers.

Les freins sont bien identifiés :

  • Incertitude sur les performances : un matériau réemployé n'a pas de fiche technique fabricant, ce qui complique les assurances et la garantie décennale
  • Coût de la logistique : déconstruire sélectivement un bâtiment pour préserver les matériaux coûte plus cher que de démolir à la masse
  • Disponibilité non garantie : le gisement dépend de la démolition ou de la réhabilitation d'autres bâtiments, avec des délais imprévisibles
  • Méconnaissance des filières : architectes et maîtres d'œuvre ne savent pas toujours où s'approvisionner

Les plateformes qui structurent le marché#

Plusieurs acteurs ont émergé pour créer de la liquidité sur ce marché encore embryonnaire :

Cycle Up#

Cycle Up est une marketplace B2B spécialisée dans les matériaux de réemploi issus du BTP. Elle référence des lots de matériaux issus de déconstructions sélectives, planchers, cloisons, luminaires, câblerie, avec des fiches techniques reconstituées et un accompagnement à la traçabilité pour les assureurs.

Rotor Deconstruction (Belgique, référence européenne)#

Basée à Bruxelles, Rotor fait figure de modèle en Europe pour la déconstruction sélective à grande échelle. Leurs interventions sur des bâtiments tertiaires ont permis de récupérer des milliers de mètres carrés de revêtements de sol, de faux-plafonds et de menuiseries qui ont été revendus à des concepteurs belges, néerlandais et français.

Le programme AMBRE (AQC)#

L'Agence Qualité Construction (AQC) pilote depuis 2024 le programme AMBRE (Amélioration des pratiques de réemploi dans le Bâtiment), qui vise à documenter des retours d'expérience concrets et à produire des guides à destination des maîtres d'œuvre. Les premiers livrables sont disponibles sur le site de l'AQC.


Exemples concrets de projets intégrant du réemploi#

Réhabilitation d'un immeuble de bureaux à Lyon (2024) : récupération de 800 m² de dalles de moquette en bon état, réintégrées dans les espaces communs d'un autre bâtiment du même groupe immobilier. Économie carbone estimée : 12 tonnes CO2 équivalent.

Construction d'une école à Rennes (2025) : charpente métallique issue d'un entrepôt logistique démoli, réutilisée après vérification structurelle. La RE2020 a valorisé le choix en permettant d'atteindre les seuils Ic construction sans recourir à un isolant biosourcé plus coûteux.

Rénovation d'un collectif à Bordeaux : parquet ancien en chêne massif récupéré, remis en état par une entreprise spécialisée, réinstallé dans les parties communes. Coût total inférieur de 15 % à un parquet neuf équivalent.


Ce que ça change pour les professionnels du BTP#

Le réemploi n'est pas encore une obligation réglementaire directe. Mais la combinaison RE2020 + REP PMCB + marchés publics durables (critères environnementaux dans les appels d'offres publics) crée un contexte où intégrer du réemploi devient un avantage concurrentiel.

Pour les architectes et maîtres d'œuvre, la question n'est plus "pourquoi faire du réemploi ?" mais "comment le sécuriser juridiquement et logistiquement ?". Des guides techniques, des clauses contractuelles adaptées et des assureurs spécialisés commencent à répondre à ce besoin.

Pour aller plus loin sur les matériaux récupérables en fin de vie, consultez aussi notre article sur le tri des déchets de chantier.


Sources#

GP

Guillaume P.

Rédacteur spécialiste web & tech

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