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Lombricomposteur en appartement : guide complet pour débuter

14 min de lecture

Depuis le 1er janvier 2024, la loi AGEC impose aux collectivités de proposer une solution de tri à la source des biodéchets à tous les citoyens. Si vous vivez en appartement, le lombricomposteur est probablement la réponse la plus élégante à cette obligation. Pas besoin de jardin, pas besoin de terrasse : un coin de cuisine suffit. Encore faut-il savoir par où commencer. Ce guide vous accompagne de A à Z, du choix du matériel à la récolte de votre premier lombricompost.

Pourquoi choisir le lombricomposteur quand on vit en appartement

Un problème de taille : les biodéchets en ville

Les biodéchets représentent environ un tiers du poids de nos poubelles, soit près de 100 kg par habitant et par an selon le ministère de la Transition écologique. Notre guide du compostage obligatoire présente les différentes solutions. Mais en immeuble, les options de compostage classique sont limitées : pas de jardin, pas toujours de composteur collectif au pied du bâtiment, et les points de collecte municipaux ne sont pas encore déployés partout.

Le lombricomposteur résout cette équation. Compact, sans odeur lorsqu'il est bien géré, il transforme vos épluchures en engrais de qualité directement dans votre appartement.

Le lombricomposteur vs. le composteur classique

La différence fondamentale tient à la présence de vers. Un composteur classique repose sur la décomposition par les micro-organismes (bactéries, champignons). Le lombricomposteur accélère ce processus grâce à des vers épigés — des vers qui vivent naturellement dans la litière organique — capables de consommer chaque jour une quantité de matière équivalente à la moitié de leur poids.

Le résultat : un cycle de transformation nettement plus rapide (3 à 6 mois contre 6 à 12 mois pour un composteur classique), un encombrement réduit et deux produits valorisables au lieu d'un seul.

Deux produits pour le prix d'un

Le lombricomposteur produit :

  • Le lombricompost : un terreau noir, riche en humus et en micro-organismes bénéfiques, utilisable directement pour vos plantes d'intérieur, vos jardinières ou votre potager de balcon.
  • Le lombrithé (ou « jus de lombricompost ») : un liquide brun, concentré en nutriments, que l'on récolte via le robinet en bas du bac. Dilué dans dix volumes d'eau, il constitue un fertilisant liquide redoutablement efficace.

Quel lombricomposteur choisir

Les critères de sélection

Avant d'acheter, posez-vous ces questions :

Combien êtes-vous dans le foyer ? Un ménage de 1 à 2 personnes se contente d'un modèle à 2 ou 3 plateaux. Au-delà, visez 3 à 4 plateaux pour absorber le volume de déchets produit.

Quel espace disponible ? Les modèles verticaux à plateaux empilés occupent environ 40 cm sur 40 cm au sol — à peine plus qu'une corbeille à papier. C'est la solution la plus adaptée aux petites surfaces.

Quel budget ? Comptez entre 60 et 150 euros pour un lombricomposteur du commerce. Les modèles entrée de gamme en plastique recyclé font très bien l'affaire pour débuter. Si vous êtes bricoleur, il est possible de fabriquer le vôtre pour moins de 30 euros avec des bacs en plastique empilables.

Plastique, bois ou terre cuite

Trois matériaux se partagent le marché :

  • Plastique recyclé : le plus courant. Léger, facile à nettoyer, économique. Privilégiez les modèles opaques (les vers fuient la lumière) et dotés d'une aération correcte.
  • Bois : esthétique naturel, bonne régulation de l'humidité. Plus lourd, moins facile à déplacer, et le bois peut se dégrader avec le temps si le taux d'humidité n'est pas maîtrisé.
  • Terre cuite ou céramique : excellent pour la régulation thermique et l'humidité. En revanche, fragile et souvent plus onéreux.

Pour un premier lombricomposteur en appartement, le plastique recyclé est le choix le plus raisonnable : simple, fonctionnel et abordable.

Les marques populaires en France

Plusieurs fabricants se sont spécialisés dans le lombricomposteur d'intérieur. Sans faire de publicité pour l'un ou l'autre, citons les modèles les plus répandus : le Worm Café (Vers La Terre), l'Eco-Worms, le Lombribox ou encore le City Worms. Tous fonctionnent sur le même principe de plateaux empilables et se valent globalement pour un usage domestique.

Choisir et installer ses vers

Eisenia fetida : la star du lombricompostage

On ne met pas n'importe quels vers dans un lombricomposteur. Oubliez les lombrics de votre jardin : trop gros, trop lents, inadaptés à la vie en bac. Les vers utilisés en lombricompostage sont des Eisenia fetida (ver du fumier) ou Eisenia andrei (ver rouge). Ces vers épigés vivent naturellement dans les premiers centimètres de matière organique en décomposition. Ils se reproduisent vite — un ver adulte peut produire un cocon par semaine — et consomment une grande quantité de matière organique par rapport à leur taille.

Combien de vers pour démarrer

La règle empirique : environ 500 grammes de vers pour un foyer de 2 personnes, soit entre 250 et 500 individus. Ils se multiplieront naturellement pour adapter leur population au volume de nourriture disponible. Inutile d'en acheter plus : dans un lombricomposteur bien géré, la population se régule d'elle-même.

Où se procurer des vers

Trois options :

  • Achat en ligne : auprès de fournisseurs spécialisés (Vers La Terre, Lombricomposteur Eco, etc.). Comptez 20 à 35 euros pour 500 g.
  • Don entre particuliers : les groupes Facebook et forums de lombricompostage regorgent de donateurs. Quand un lombricomposteur tourne bien, la surpopulation arrive vite.
  • Récupération : dans un tas de fumier ou de compost mûr, vous trouverez des Eisenia fetida à l'état naturel. Prélevez-en une poignée avec leur substrat d'origine.

Installation pas à pas

Étape 1 : choisir l'emplacement

Le lombricomposteur s'installe à l'intérieur, dans un endroit :

  • Tempéré : les vers travaillent de manière optimale entre 15 et 25 °C. En dessous de 10 °C, ils ralentissent. Au-dessus de 30 °C, ils souffrent. Évitez la proximité d'un radiateur ou d'une fenêtre plein sud.
  • Stable : pas de variations brusques de température. Un coin de cuisine, un cellier, un couloir, sous l'évier — tout fonctionne tant que la température reste raisonnable.
  • Pratique : placez-le à proximité de votre plan de travail ou de votre poubelle de tri. Si c'est contraignant d'y accéder, vous arrêterez de l'alimenter au bout de deux semaines.

Étape 2 : préparer la litière

La litière est le « nid » des vers. Elle se compose de matériaux carbonés humidifiés :

  • Carton brun déchiré en petits morceaux (boîtes d'œufs, rouleaux de papier toilette)
  • Papier journal non glacé (évitez les encres couleur)
  • Feuilles mortes sèches si vous en avez

Humidifiez ces matériaux jusqu'à obtenir une consistance d'éponge essorée : humide au toucher mais sans eau qui coule quand on presse. Remplissez le premier plateau sur environ 5 cm de hauteur.

Étape 3 : installer les vers

Déposez vos vers sur la litière humide. Laissez le couvercle ouvert quelques minutes avec la lumière allumée — les vers fuient la lumière et s'enfouiront naturellement dans la litière. Refermez ensuite le couvercle.

Étape 4 : la phase d'acclimatation

Les 7 à 10 premiers jours, laissez vos vers tranquilles. Ils doivent s'adapter à leur nouvel environnement. Après cette période, commencez à introduire de petites quantités de déchets : environ 100 grammes par jour la première semaine, puis augmentez progressivement jusqu'à atteindre le rythme de croisière au bout de 4 à 7 semaines.

Nourrir son lombricomposteur : ce qui va et ce qui ne va pas

Les déchets acceptés

Les vers aiment la diversité. Vous pouvez leur donner :

  • Épluchures de fruits et légumes (coupées en petits morceaux pour accélérer la décomposition)
  • Marc de café avec le filtre papier
  • Sachets de thé (sans agrafe, en matière naturelle uniquement)
  • Coquilles d'œufs écrasées (apport calcique qui régule l'acidité)
  • Restes de pain rassis (en quantité modérée)
  • Petits morceaux de carton brun non imprimé
  • Riz et pâtes cuits (en petites quantités)

Les déchets à éviter absolument

Certains déchets perturbent l'équilibre du bac :

  • Agrumes (citron, orange, pamplemousse) : trop acides, ils font fuir les vers et favorisent les moisissures
  • Ail et oignon : vermifuges naturels — vos vers ne les apprécient pas du tout
  • Viande, poisson, os : risque de putréfaction, odeurs nauséabondes, attraction de mouches
  • Produits laitiers : même problème que la viande
  • Huile et graisses : colmatent les voies respiratoires des vers
  • Végétaux traités aux pesticides : toxiques pour les vers

La règle d'or : équilibrer matières vertes et brunes

Un lombricomposteur sain repose sur un ratio approximatif de deux tiers de matières vertes (azotées : épluchures, restes de repas) pour un tiers de matières brunes (carbonées : carton, papier journal, feuilles mortes). Les matières brunes absorbent l'excès d'humidité et empêchent le bac de devenir anaérobie.

À chaque apport de déchets frais, ajoutez une poignée de carton déchiré par-dessus. Ce geste simple prévient la majorité des problèmes.

Entretien au quotidien

Vérifier l'humidité

L'humidité est le paramètre le plus important. Le contenu du bac doit être humide mais jamais détrempé. Test simple : prenez une poignée de matière et pressez-la. Si quelques gouttes perlent, c'est parfait. Si l'eau ruisselle, ajoutez du carton sec. Si c'est trop sec, vaporisez un peu d'eau.

Vider le lombrithé régulièrement

Le lombrithé s'accumule dans le bac collecteur, en bas du lombricomposteur. Videz-le au moins une fois par semaine pour éviter que les vers ne se noient. Stockez-le dans une bouteille fermée, à l'abri de la lumière, et utilisez-le dilué à 1 pour 10 dans l'eau pour arroser vos plantes.

Gérer les odeurs

Un lombricomposteur bien géré ne sent presque rien — au pire, une légère odeur de sous-bois. Si des odeurs désagréables apparaissent :

  • Odeur d'ammoniaque : trop de matières azotées (vertes). Ajoutez du carton.
  • Odeur de soufre ou d'œuf pourri : anaérobie — le bac est trop humide et manque d'air. Ajoutez du carton sec et remuez délicatement la surface.
  • Odeur de vinaigre : trop acide. Ajoutez des coquilles d'œufs écrasées et réduisez les apports de fruits.

Récolter son lombricompost

Quand récolter

Comptez entre 5 et 6 mois après le démarrage pour votre première récolte. Le lombricompost est prêt lorsqu'il forme une matière noire, homogène, à l'odeur de terre de forêt, dans laquelle on ne distingue plus les déchets d'origine.

La technique de migration

La plupart des lombricomposteurs à plateaux facilitent la récolte par migration naturelle. Voici comment procéder :

  1. Cessez d'alimenter le plateau inférieur (celui qui contient le compost mûr) depuis 2 à 3 semaines.
  2. Continuez à nourrir le plateau supérieur normalement. Les vers migreront naturellement vers la nourriture fraîche, à travers les trous de drainage.
  3. Au bout de 2 à 3 semaines, le plateau inférieur sera quasiment vide de vers. Récoltez le lombricompost.
  4. Replacez le plateau vidé en position haute pour recommencer le cycle.

Comment utiliser le lombricompost

Le lombricompost est un amendement organique de première qualité :

  • Plantes d'intérieur : mélangez une à deux cuillères à soupe dans le terreau à chaque rempotage, ou épandez en surface.
  • Jardinières et potager de balcon : incorporez 500 g par mètre carré en surface, puis grattez légèrement.
  • Semis : mélangez un tiers de lombricompost pour deux tiers de terreau. Vos semis prendront un départ nettement plus vigoureux.

Les problèmes courants et leurs solutions

Les moucherons

C'est le problème numéro un en appartement. Les petites mouches (drosophiles) sont attirées par les fruits en décomposition.

Solutions :

  • Enterrez toujours vos déchets sous une couche de carton ou de papier journal
  • Évitez de laisser des épluchures de fruits en surface
  • Placez un piège à vinaigre à proximité (un bol avec un fond de vinaigre de cidre recouvert de film étirable percé de petits trous)

Les vers qui fuient

Si vous retrouvez des vers sur le couvercle ou autour du bac, c'est un signal d'alarme. Les vers fuient quand :

  • Le bac est trop acide (vérifiez les agrumes ou excès de fruits)
  • Le bac est trop humide ou trop sec
  • La température est inadaptée (trop chaud ou trop froid)
  • Un changement brutal d'environnement les perturbe (orage, vibrations)

Solution : identifiez et corrigez la cause. Ajoutez des coquilles d'œufs si l'acidité est en cause. Ajustez l'humidité avec du carton ou un léger arrosage.

Le bac sent mauvais

Relisez la section sur les odeurs plus haut. Dans 90 % des cas, le problème vient d'un excès de matières vertes ou d'un manque d'aération. Ajoutez du carton, réduisez les apports et laissez le bac respirer quelques jours.

Les vers ne mangent pas

En période froide (en dessous de 15 °C), les vers ralentissent leur métabolisme. C'est normal. Réduisez les apports et attendez le retour de températures plus clémentes. Si la température est correcte, vérifiez que vous n'avez pas introduit de déchets inadaptés (agrumes, oignon, ail).

Le lombricomposteur au fil des saisons

Printemps et été

Les vers sont au maximum de leur activité entre 18 et 25 °C. Vous pouvez augmenter les apports. Surveillez l'humidité en période de canicule : si votre appartement dépasse 28 °C, les vers risquent de souffrir. Un linge humide posé sur le couvercle peut aider à réguler la température.

Automne et hiver

L'activité ralentit en dessous de 15 °C. Si votre appartement est chauffé normalement (entre 18 et 22 °C), pas de souci. En revanche, si le lombricomposteur est dans un cellier non chauffé, anticipez en réduisant les apports dès les premières fraîcheurs.

Lombricomposteur et loi AGEC : ce qu'il faut retenir

Depuis le 1er janvier 2024, le tri à la source des biodéchets est une obligation légale en France, conformément à la directive européenne sur les déchets, transposée par la loi AGEC. Concrètement, les collectivités doivent proposer une solution de tri à chaque citoyen : composteur individuel, composteur collectif, collecte en porte-à-porte ou point d'apport volontaire.

Le lombricomposteur constitue une solution parfaitement conforme et particulièrement adaptée aux appartements urbains. Certaines collectivités subventionnent même l'achat d'un lombricomposteur ou organisent des ateliers gratuits d'initiation au lombricompostage. L'interdiction des PFAS et les nouvelles réglementations environnementales poussent les collectivités à développer ces solutions locales. Renseignez-vous auprès de votre mairie ou de votre syndicat de gestion des déchets.

Par où commencer : la check-list du débutant

Voici un récapitulatif pour vous lancer sereinement :

  1. Choisir le bon modèle : un lombricomposteur à 2-3 plateaux, en plastique recyclé, adapté à la taille de votre foyer
  2. Commander vos vers : 250 à 500 g d'Eisenia fetida, auprès d'un fournisseur spécialisé ou via don entre particuliers
  3. Préparer la litière : carton brun déchiré et humidifié, sur 5 cm d'épaisseur
  4. Installer et patienter : 7 à 10 jours d'acclimatation sans nourriture
  5. Alimenter progressivement : 100 g par jour la première semaine, puis augmenter
  6. Surveiller : humidité (éponge essorée), température (entre 15 et 25 °C), équilibre vert/brun
  7. Récolter : premier lombricompost au bout de 5 à 6 mois, lombrithé toutes les semaines

Le lombricompostage en appartement demande un temps d'adaptation de quelques semaines. Ensuite, le geste devient aussi naturel que de trier ses emballages. Vos vers travaillent pour vous, silencieusement, et transforment vos déchets en or noir pour vos plantes. Difficile de trouver plus efficace comme petit geste du quotidien.

Sources


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