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PFAS dans les cosmétiques : l'interdiction enfin en vigueur dans les produits de rinçage

Par Guillaume P.

6 min de lecture
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En clair : depuis le 1er janvier 2026, les PFAS sont interdits dans les cosmétiques vendus en France. Ce n'est pas un projet de loi, ce n'est pas "en cours d'examen" — c'est en vigueur. La loi n° 2025-188 du 27 février 2025 a posé le cadre, les décrets d'application de décembre 2025 ont précisé les seuils.

Pour les consommateurs, ça change quelque chose. Pour les fabricants, c'est un chantier de reformulation. Voici ce qu'il faut savoir.

C'est quoi les PFAS dans les cosmétiques#

Les substances perfluoroalkylées (PFAS) — "polluants éternels" dans le langage courant — sont une famille de milliers de molécules chimiques caractérisées par leurs liaisons carbone-fluor extrêmement stables. Elles ne se dégradent pas dans l'environnement. Elles s'accumulent dans les organismes vivants. Et elles sont suspectées ou confirmées d'effets sur la santé : perturbateurs endocriniens, liens avec certains cancers, atteintes au système immunitaire.

Dans les cosmétiques, les PFAS ont longtemps été utilisées pour leurs propriétés fonctionnelles :

  • Résistance à l'eau dans les mascaras, fonds de teint, rouges à lèvres
  • Étalement et tenue dans les crèmes et soins
  • Texture glissante dans certains shampoings et après-shampoings
  • Hydrophobie dans les poudres de maquillage

Les produits de rinçage (shampoings, gels douche, dentifrices, bains de bouche) étaient particulièrement concernés parce que les PFAS qu'ils contiennent partent directement dans les eaux usées, puis dans les stations d'épuration qui ne savent pas les éliminer, puis dans les milieux aquatiques.

Ce qui est interdit depuis le 1er janvier 2026#

La loi française du 27 février 2025 est plus ambitieuse que le cadre européen actuel. Elle interdit les PFAS dans :

  • Les cosmétiques — tous les produits de la catégorie, sans exception de type
  • Les vêtements et chaussures — sauf équipements militaires et de protection des pompiers
  • Certains textiles de contact alimentaire

Pour les cosmétiques spécifiquement, les décrets d'application de décembre 2025 précisent :

  • Des seuils de concentration résiduelle sont définis pour distinguer traces de contamination et utilisation intentionnelle
  • Pas d'exemption sectorielle pour les cosmétiques — contrairement aux textiles techniques industriels
  • Les produits en stock peuvent continuer à être vendus jusqu'à épuisement, mais toute nouvelle mise sur le marché doit être conforme

Quels produits de rinçage sont concernés#

Pratiquement tous les produits de soin rincés peuvent être concernés. La liste concrète :

Soins capillaires : shampoings, après-shampoings, masques capillaires rincés, traitements avant-shampoing, produits de coiffage rincés

Soins corps : gels douche, scrubs corps rincés, savons liquides, crèmes de douche

Soins bucco-dentaires : dentifrices, bains de bouche, gels dentaires

Soins visage : nettoyants visage, eaux micellaires à rincer, gels moussants, exfoliants rincés

La réalité du terrain : la plupart des grandes marques avaient anticipé. Nombre d'entre elles avaient déjà commencé des reformulations depuis 2023-2024. Les PFAS les plus problématiques (PFOA, PFOS) étaient déjà sous restriction européenne avant la loi française. Ce sont les PFAS de substitution — les nouvelles générations censées être moins persistantes — qui posent maintenant question.

Les alternatives sans PFAS#

Les formulations sans PFAS existent. La cosmétique naturelle et bio travaillait déjà sans ces molécules. Les alternatives utilisées :

Pour la résistance à l'eau : cires naturelles (carnauba, candelilla), silicones cycliques (sous conditions), polymères acryliques sans fluor

Pour la texture et l'étalement : huiles végétales, beurres (karité, cacao), émulsifiants naturels, amidon modifié

Pour les propriétés lavantes : tensioactifs d'origine végétale (sulfates doux, glucosides), savons naturels

Pour les dentifrices : carbopols sans fluor alkylé, hydrocolloïdes naturels

Le compromis à accepter : certaines performances seront légèrement différentes. Un mascara waterproof sans PFAS ne tiendra pas exactement comme son équivalent formulé avec. Un shampoing sans agents fluorés peut avoir une texture différente. C'est le prix de la sortie des polluants éternels.

Ce que ça implique pour la fin de vie des cosmétiques#

L'interdiction des PFAS dans les cosmétiques n'est pas directement liée au recyclage des emballages — mais elle s'inscrit dans la même logique. Les emballages de cosmétiques sont soumis à la filière REP emballages ménagers et au réglement PPWR pour les emballages européens.

Ce qui change avec la disparition des PFAS dans les formulations :

  • Les eaux usées issues du rinçage seront moins chargées en polluants persistants
  • Le recyclage des emballages vides de cosmétiques ne pose pas de problème PFAS spécifique (les PFAS étaient dans la formule, pas dans le flacon)
  • La contamination des boues de stations d'épuration par les PFAS cosmétiques diminuera progressivement

Sur la fin de vie des emballages cosmétiques eux-mêmes, les enjeux restent les mêmes qu'avant : tri correct des flacons plastiques, bouchons séparés selon les consignes locales, tubes aluminium dans la poubelle de tri.

Les obligations pour les fabricants#

Pour les marques qui commercialisent des cosmétiques en France :

  1. Audit formulation immédiat : identifier toutes les substances PFAS présentes dans les formules (la liste est longue — PFAS désigne des milliers de substances)
  2. Reformulation des produits non conformes : les délais sont courts pour les nouvelles mises sur marché
  3. Mise à jour de la documentation technique : dossier cosmétique, CPNP (portail de notification européen)
  4. Communication consommateur : obligation de transparence sur la composition

Les contrôles sont assurés par la DGCCRF. Les sanctions peuvent aller jusqu'au retrait des produits du marché.

Ce que vous pouvez faire en tant que consommateur#

En clair : moins de choses qu'on pourrait croire, parce que la réglementation prend en charge l'essentiel côté fabricants. Mais quelques réflexes :

  • Vérifier les listes INCI de vos produits actuels : les PFAS apparaissent sous des noms finissant en "-fluoride", "-perfluoro-", "PTFE", "PFP" ou avec le préfixe "fluoro"
  • Préférer les produits certifiés bio (Cosmos, Ecocert, Nature et Progrès) qui excluaient déjà les PFAS avant la loi
  • Utiliser les bases de données comme Yuka ou INCI Beauty pour identifier les produits problématiques en stock

La loi AGEC et la loi PFAS 2025 construisent ensemble un cadre réglementaire de plus en plus exigeant sur la composition des produits. L'interdiction des PFAS dans les cosmétiques est un pas concret dans la bonne direction. La prochaine étape est l'extension à d'autres catégories de produits, prévue pour 2030.

Sources#

GP

Guillaume P.

Rédacteur spécialiste web & tech

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