Biodégradable, compostable, oxo-dégradable : ces trois termes figurent sur des millions d'emballages, mais ils ne signifient pas la même chose. Cette confusion entretenue par le marketing nuit à la gestion des déchets et fausse les comportements de tri. Voici ce que cache vraiment chaque étiquette — et ce que la réglementation française impose depuis la loi AGEC.
Biodégradable : un terme insuffisant sans délai ni conditions
Un matériau est dit biodégradable quand des micro-organismes (bactéries, champignons) peuvent le décomposer en eau, CO2 et biomasse. Mais cette définition est trompeuse : tout matériau organique est biodégradable à l'échelle géologique, y compris le pétrole.
Ce qui compte, c'est le délai et les conditions. La norme européenne EN 13432 exige qu'un emballage atteigne 90 % de biodégradation en 180 jours, à 58 °C en conditions de compostage industriel. Sans ces précisions, le terme « biodégradable » est vide de sens — et potentiellement trompeur.
Un plastique « biodégradable » abandonné dans la nature peut mettre plusieurs décennies à se dégrader, libérant dans l'intervalle des microplastiques toxiques pour l'écosystème.
Compostable : critères plus stricts, usage plus précis
Le compostable est un sous-ensemble du biodégradable : tout emballage compostable est biodégradable, mais l'inverse est faux.
Pour être certifié compostable industriellement (norme EN 13432), un emballage doit satisfaire quatre critères cumulatifs :
- Biodégradation : 90 % en 180 jours à 58 °C
- Désintégration physique : moins de 10 % de résidus supérieurs à 2 mm après 12 semaines
- Absence d'effets négatifs sur le compost final
- Faible concentration en métaux lourds (limites réglementaires)
Le logo OK Compost Industrial (Vincotte/TÜV) ou la certification DIN CERTCO garantissent la conformité EN 13432. Ces plastiques vont au composteur industriel, pas dans le bac vert de biodéchets à domicile — les températures domestiques (20-40 °C) sont insuffisantes.
Quelques rares bioplastiques obtiennent la certification OK Compost Home, qui garantit la compostabilité à température ambiante. C'est une exception, pas la règle.
Oxo-dégradable : une fausse solution interdite en Europe
Les plastiques oxo-dégradables contiennent des additifs métalliques (manganèse, cobalt) qui accélèrent leur fragmentation par oxydation sous l'effet de la chaleur et de la lumière UV. Le résultat : le plastique se morcelle en fragments de plus en plus petits... mais ne se biodégrade pas réellement.
Ce processus génère des microplastiques persistants qui contaminent les sols et les eaux. L'Union européenne a tiré les conséquences : depuis le 3 juillet 2021, la directive SUP (Single-Use Plastics) interdit les plastiques oxo-dégradables sur tout le territoire européen. Aucune dérogation n'est prévue.
Malgré cette interdiction, des produits illicites circulent encore sur certains marchés en ligne. Méfiance vis-à-vis de tout emballage étiqueté « oxo-biodégradable » ou « éco-dégradable » sans certification reconnue.
Ce que dit la loi AGEC en France
La loi Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire (AGEC, 2020) et ses décrets d'application encadrent strictement l'usage des plastiques biosourcés et compostables :
- Interdiction des sacs plastique oxo-fragmentables : effective depuis 2016, confirmée et renforcée
- Restriction des mentions trompeuses : les termes « biodégradable » ou « écologique » sans preuve certifiée constituent une allégation environnementale trompeuse, sanctionnable
- Compostables domestiques uniquement pour les sacs de collecte : seuls les sacs certifiés OK Compost Home peuvent être commercialisés pour les ménages
- Emballages en plastique biosourcé : doivent afficher leur pourcentage de matière végétale, sans que cela ne préjuge de leur fin de vie
À horizon 2026, le règlement européen sur les emballages (PPWR) va plus loin en imposant des objectifs de réemploi et en limitant drastiquement les plastiques à usage unique, compostables ou non.
Ce qui peut aller au composteur industriel — et ce qui ne peut pas
| Type de plastique | Composteur industriel | Composteur domestique | Bac biodéchets |
|---|---|---|---|
| Certifié EN 13432 | Oui | Non | Selon collectivité |
| Certifié OK Compost Home | Oui | Oui | Oui |
| PLA sans certification | Non | Non | Non |
| Oxo-dégradable | Non | Non | Non |
| Plastique conventionnel | Non | Non | Non |
En pratique, peu de collectivités acceptent les bioplastiques compostables dans leur bac biodéchets, car les lignes de tri ne peuvent pas distinguer un bioplastique certifié d'un plastique conventionnel. Vérifiez toujours les consignes locales avant d'agir.
Sources
- Natureplast — Plastiques biodégradables : définitions et normes
- Norme EN 13432 — Biofutura
- Agropixel — Emballages compostables et biodégradables : réglementation
- Bioleaderpack — 2026 Global Compostable Packaging Regulations
Conclusion
La hiérarchie est simple : compostable domestique > compostable industriel > biodégradable > oxo-dégradable (interdit). Aucune de ces catégories ne remplace le recyclage ou le réemploi dans la hiérarchie des déchets. Pour aller plus loin, notre article sur la loi AGEC et ses changements pour le recyclage en 2026 détaille l'ensemble des obligations pour les producteurs et les consommateurs. Les filières de recyclage en France permettent quant à elles de comprendre où finissent réellement ces matériaux.



