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Que devient vraiment votre plastique une fois recycle ?

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26 %. C'est le taux de recyclage du plastique en France. Sur les millions de tonnes d'emballages plastiques produits chaque année, à peine un quart retrouve une seconde vie. Le reste finit incinéré, enfoui ou, pire, dispersé dans la nature. Pourtant, quand le tri est bien fait, le recyclage plastique fonctionne. Encore faut-il savoir ce qui se passe réellement après le bac jaune.

Vous triez consciencieusement vos bouteilles et flacons, mais savez-vous ce qu'ils deviennent ? Voici le parcours complet de votre plastique, du geste de tri jusqu'à sa transformation en nouvel objet.

Le bac jaune : point de départ du voyage

Tout commence chez vous. Depuis 2025, les consignes sont enfin harmonisées sur tout le territoire : tous les emballages plastiques vont dans le bac jaune. Bouteilles, flacons, pots de yaourt, barquettes, films alimentaires, sachets... Fini les hésitations.

Mais attention : un emballage mal trié peut contaminer tout un lot. Les 15 erreurs de tri les plus courantes montrent qu'un pot de yaourt encore plein de restes, une barquette non vidée ou un objet en plastique (jouet, cintre, brosse à dents) jeté par erreur dans le bac jaune perturbent le processus. La règle est simple : si ce n'est pas un emballage, ça ne va pas dans le bac jaune.

Une fois collectés par les camions-bennes, vos emballages partent vers l'un des 150 centres de tri répartis sur le territoire français.

Au centre de tri : la grande séparation

C'est ici que la magie opératoire commence. Le centre de tri est une usine de haute technologie où vos emballages sont séparés par type de matériau.

Le tri en trois étapes

  1. Le tri balistique : un tapis vibrant sépare les emballages légers (films, sachets) des emballages rigides (bouteilles, barquettes). Les objets plats sont écartés des objets en volume.

  2. Le tri optique : des capteurs infrarouges analysent la composition chimique de chaque emballage à grande vitesse. En une fraction de seconde, la machine identifie s'il s'agit de PET (bouteilles d'eau), de PEHD (flacons de lessive), de PP (pots de yaourt) ou d'un autre polymère. Des jets d'air comprimé propulsent chaque emballage vers la bonne ligne.

  3. Le contrôle manuel : des opérateurs vérifient le tri en bout de chaîne. Ils retirent les erreurs de tri qui ont échappé aux machines : un bout de verre, un textile, un objet non recyclable.

Le résultat : des balles compactées

À la sortie, les plastiques sont regroupés par famille et compressés en balles d'environ 250 kg. Ces balles sont ensuite expédiées vers des usines de régénération, souvent situées en France ou en Europe.

L'usine de régénération : du déchet à la matière première

C'est là que le plastique retrouve véritablement une seconde vie. Le processus diffère selon le type de plastique.

Le recyclage mécanique : la voie classique

Le recyclage mécanique est la méthode la plus répandue. Il concerne principalement le PET et le PEHD, les deux plastiques les mieux recyclés en France.

Pour les bouteilles PET (eau, soda, jus de fruits) :

  • Broyage : les bouteilles sont réduites en paillettes de quelques millimètres
  • Lavage : les paillettes sont nettoyées à l'eau chaude pour éliminer les colles, étiquettes et résidus
  • Tri des couleurs : les paillettes sont séparées par couleur (transparent, bleu, vert, coloré)
  • Extrusion : les paillettes sont chauffées à haute température et transformées en granules de plastique

Ces granules constituent le rPET (PET recyclé), une matière première directement utilisable par l'industrie.

Pour les flacons PEHD (lessive, shampoing, produits ménagers) :

Le processus est similaire : broyage, lavage, extrusion. Les granules de PEHD recyclé servent à fabriquer de nouveaux contenants, des tuyaux ou du mobilier urbain.

Le recyclage chimique : la nouvelle frontière

Pour les plastiques difficiles à recycler mécaniquement (films, barquettes multicouches, plastiques souillés), le recyclage chimique ouvre de nouvelles perspectives.

La technique la plus prometteuse est la pyrolyse : le plastique est chauffé à très haute température (entre 400 et 800 degrés) en l'absence d'oxygène. Il se décompose en une huile ou un gaz qui peut être reconverti en plastique neuf, d'une qualité équivalente à la matière vierge.

Deux nouvelles filières de recyclage chimique sont devenues opérationnelles en 2025, avec une capacité combinée de plus de 80 000 tonnes par an. L'objectif : recycler les emballages qui échappaient jusqu'ici au recyclage mécanique.

Que deviennent concrètement vos emballages ?

La bouteille d'eau : de bouteille en bouteille

Le PET transparent est le champion du recyclage en boucle fermée. Une bouteille d'eau peut redevenir une bouteille d'eau. Depuis 2025, la réglementation européenne impose un minimum de 25 % de plastique recyclé dans les bouteilles pour boissons. La question de la consigne des bouteilles plastique reste au coeur du débat pour accélérer la collecte. Certaines marques vont plus loin : des bouteilles de lait sont déjà fabriquées à 100 % de PET recyclé.

Le PET sert aussi à fabriquer des fibres textiles polyester. Il faut environ 27 bouteilles en plastique pour produire un pull en laine polaire. L'industrie automobile utilise également ces fibres pour les garnitures intérieures des véhicules.

Le flacon de lessive : une vie de tuyau

Le PEHD recyclé se retrouve dans les tuyaux et canalisations, les bidons industriels, les bacs de collecte ou encore le mobilier urbain (bancs publics, aires de jeux). C'est un matériau solide qui se prête bien au recyclage.

Le pot de yaourt : la filière en plein essor

Longtemps considéré comme non recyclable, le polystyrène (PS) des pots de yaourt fait désormais l'objet d'une filière dédiée. Les pots sont recyclés en nouveaux emballages alimentaires ou en matériaux d'isolation pour le bâtiment.

Les films et sachets : le défi des souples

Les films plastiques (sachets de courses, emballages de packs d'eau) sont les plus difficiles à recycler. Légers, ils s'envolent dans les centres de tri et bloquent les machines. Quand ils sont correctement captés, ils sont recyclés en sacs-poubelle, films agricoles ou bâches de chantier.

Les chiffres qui comptent

Le taux global de recyclage du plastique en France (26 %) masque des disparités importantes :

  • Bouteilles et flacons : 59 % de taux de collecte pour recyclage (filière mature)
  • Pots, barquettes et films : taux nettement inférieur, mais en forte progression grâce aux nouvelles filières
  • Emballages papier-carton : plus de 90 % de taux de recyclage (à titre de comparaison)

L'objectif européen est ambitieux : atteindre 50 % de recyclage des plastiques en 2025 et 55 % en 2030. La France a encore du chemin à parcourir, mais les nouvelles filières et la simplification du tri accélèrent la dynamique.

En 2025, ce sont 108 000 tonnes d'emballages plastiques supplémentaires qui seront recyclées grâce aux nouvelles filières, selon Citeo.

Ce qui n'est pas recyclé : où va le reste ?

Sur les 74 % de plastiques non recyclés, la majorité est incinérée avec valorisation énergétique : brûlée dans des usines qui produisent de l'électricité ou de la chaleur. C'est mieux que l'enfouissement, mais cela génère du CO2. Les négociations internationales sur un traité mondial contre la pollution plastique visent a réduire ces volumes.

Une partie finit en décharge (installation de stockage des déchets non dangereux). Et une fraction, difficile à quantifier précisément, échappe aux circuits de collecte et se retrouve dans l'environnement.

Le guide complet du tri sélectif détaille les bonnes pratiques pour maximiser le recyclage de vos emballages. Et la loi AGEC fixe le cadre réglementaire qui accélère la transformation de la filière.

Comment améliorer le recyclage du plastique ?

Le recyclage ne résoudra pas tout. Trois leviers complémentaires sont indispensables :

Mieux trier : chaque erreur de tri coûte cher et réduit l'efficacité du recyclage. Videz vos emballages, ne les imbriquez pas, jetez-les en vrac dans le bac jaune.

Réduire à la source : le meilleur déchet est celui qui n'existe pas. Le décret 3R (Réduire, Réemployer, Recycler) impose aux industriels de réduire de 20 % les emballages plastiques à usage unique d'ici 2025, dont la moitié par réemploi.

Développer le réemploi : consigne des bouteilles, contenants réutilisables, vrac... Ces alternatives évitent de produire du plastique jetable.

Le recyclage du plastique progresse en France, porté par de nouvelles technologies et une réglementation de plus en plus exigeante. Mais il reste un maillon d'une chaîne plus large. Trier est essentiel, réduire est indispensable.

Sources


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