On ne pense pas souvent à recycler sa brosse à dents. Pourtant, chaque Français en change environ quatre par an, ce qui représente des dizaines de millions de brosses usagées chaque année à l'échelle du pays — la plupart finissant dans la poubelle grise, direction l'incinérateur ou la décharge. Bioseptyl, fabricant français de brosses à dents écologiques basé à Beauvais (Oise) avec production à Berd'huis (Orne), a décidé que ce déchet méritait une autre fin. En 2025, l'entreprise a collecté 2 916 kg de brosses usagées, soit une hausse de 25 % en un an. Et la matière transformée finit en bancs de jardin.
Une progression constante depuis 2022
Les chiffres de collecte de Bioseptyl racontent une montée en puissance régulière :
- 2022 : plus de 1 600 kg collectés
- 2023 : 2 283 kg
- 2025 : 2 916 kg — un record
Cette progression de 25 % entre 2024 et 2025 n'est pas anodine dans un secteur aussi confidentiel que le recyclage des articles de salle de bain. Elle reflète une combinaison de facteurs : la croissance de la base de clients Bioseptyl, l'extension du réseau de collecte, et une sensibilisation croissante des consommateurs à la question des déchets de soin.
Bioseptyl a mis en place un système d'envoi postal pour les particuliers. Le principe est simple :
- Le client commande ses brosses à dents sur le site Bioseptyl
- Il conserve ses brosses usagées et les accumule
- Il les envoie par voie postale à l'adresse dédiée (un coupon de retour peut être joint à la commande)
- Les brosses collectées sont acheminées vers l'atelier de recyclage
Le service est gratuit pour le consommateur. Il n'existe pas encore de réseau de points de collecte physiques généralisés, même si certains magasins partenaires proposent des bacs de récupération.
Ce modèle de collecte par correspondance est adapté au profil des clients de Bioseptyl — des consommateurs engagés, déjà sensibilisés à la question des déchets, qui commandent leurs brosses en ligne. C'est une niche, mais une niche qui monte.
Le processus de recyclage : broyage, extrusion, mobilier urbain
Le véritable tour de force de Bioseptyl est d'avoir développé un procédé industriel complet pour recycler la totalité de la brosse à dents — manche et filaments compris.
Broyage et extrusion
Les brosses collectées sont d'abord broyées en granulés plastiques fins. Ces granulés sont ensuite extrudés — c'est-à-dire fondus et mis en forme — pour produire des lames de bois composite (communément appelées lames de terrasse ou lames de jardin en plastique recyclé).
Ces lames sont solides, résistantes aux intempéries et ne nécessitent aucun traitement particulier — des propriétés analogues aux produits fabriqués à partir de plastique vierge ou de bois, mais avec une empreinte carbone radicalement différente.
Du déchet au banc public
Avec ces lames, Bioseptyl fabrique du mobilier urbain, notamment des bancs de jardin. Le chiffre est parlant : il faut environ 4 000 brosses à dents pour fabriquer un seul banc. En 2025, les 2 916 kg collectés représentent de l'ordre de quelques centaines de milliers de brosses — et plusieurs dizaines de bancs potentiels.
Ce recyclage en circuit court — de la salle de bain au mobilier de jardin — a une portée pédagogique forte. Il rend tangible la transformation d'un déchet quotidien en objet utile, visible dans l'espace public.
Pourquoi c'est plus difficile qu'il n'y paraît
On pourrait croire que recycler des brosses à dents est simple. En réalité, c'est l'un des gisements de déchets les plus complexes à traiter à l'échelle industrielle.
Le problème du mélange de matériaux
Une brosse à dents standard est composée de plusieurs matériaux distincts : le manche (en général du polypropylène), les filaments (souvent du nylon, c'est-à-dire du polyamide), et parfois des composants en caoutchouc pour le grip. Ces matériaux ont des températures de fusion différentes et des propriétés incompatibles si on les recycle séparément.
Bioseptyl contourne ce problème en les recyclant ensemble, en mélange, pour produire un composite dont les propriétés sont adaptées au mobilier urbain mais pas à des applications nécessitant une pureté de résine.
Le problème de la collecte dispersée
La brosse à dents est un objet individuel, utilisé dans des millions de foyers, jeté sans y penser. Il n'y a pas de filière REP pour les articles de soin bucco-dentaire — contrairement aux emballages, aux piles ou aux appareils électroniques. La collecte repose entièrement sur le volontariat des consommateurs et sur les démarches individuelles de marques comme Bioseptyl.
C'est la limite structurelle de ce type d'initiative : tant qu'il n'y a pas d'obligation légale de collecte et qu'aucun éco-organisme n'est mandaté pour le faire, le recyclage des brosses restera une activité de niche portée par quelques acteurs convaincus.
Les brosses électriques : un autre problème
Les têtes de brosses à dents électriques — largement répandues — constituent un gisement encore plus complexe. Elles sont généralement faites de plastique ABS et de nylon, difficiles à séparer, et elles contiennent parfois de petits composants métalliques. Aucune filière industrielle dédiée n'existe encore en France pour ce flux spécifique.
Quelles perspectives pour 2026 et au-delà ?
Bioseptyl ne communique pas de plan d'industrialisation formalisé pour 2026, mais les trajectoires sont là. La hausse de 25 % des volumes collectés en un an indique que le modèle fonctionne et qu'il peut continuer à croître avec des moyens limités.
Les prochaines étapes logiques pour passer à la vitesse supérieure seraient :
- Extension du réseau de dépôt physique dans des enseignes de cosmétiques, pharmacies ou magasins bio — sur le modèle des collectes de piles ou de cartouches d'encre
- Partenariats avec des collectivités pour la mise en place de bacs de collecte dans des lieux publics (écoles, centres sportifs)
- Diversification des produits recyclés : d'autres articles de soin (rasoirs, peignes, flacons) pourraient rejoindre le flux de collecte si la logistique le permet
- Intégration dans des filières REP existantes ou lobbying pour la création d'une REP spécifique aux articles de soin
Un modèle reproductible pour d'autres niches de déchets
Ce qui rend l'initiative Bioseptyl intéressante, c'est son caractère reproductible. La brosse à dents n'est pas le seul produit du quotidien qui finit systématiquement à la poubelle sans alternative. Rasoirs jetables, blisters pharmaceutiques, bouchons de flacons, capuchons de stylos : des dizaines de petits déchets plastiques n'ont aujourd'hui aucune filière de recyclage officielle.
Bioseptyl démontre qu'avec une chaîne de valeur bien conçue — collecte postale, broyage, extrusion, produit fini — il est possible de créer un circuit de recyclage viable pour un objet a priori inrecyclable.
C'est exactement la logique de l'économie circulaire : pas besoin d'un grand système pour commencer. Une brosse à dents à la fois.
Comment participer ?
Si vous utilisez des brosses à dents Bioseptyl ou si vous souhaitez soutenir cette filière :
- Conservez vos brosses usagées dans un sac ou une boîte
- Consultez le site Bioseptyl pour les modalités d'envoi ou les points de collecte partenaires
- Partagez l'initiative autour de vous — la sensibilisation est le premier levier de la collecte
Et si vous êtes une collectivité ou une entreprise intéressée pour devenir point de collecte, l'équipe Bioseptyl est accessible directement via leur site.
Sources
- Bioseptyl — Recycler votre brosse à dents
- Bioseptyl — Moins de brosses à dents dans la nature
- Écolomag — Bioseptyl : des brosses à dents recyclées et recyclables !




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