En France, seuls 29 % des plastiques sont effectivement recyclés. Le reste finit en incinération ou en décharge. Face à ce constat, deux grandes familles de procédés se disputent l'avenir du recyclage : le mécanique, dominant mais limité, et le chimique, prometteur mais coûteux. Faut-il choisir entre les deux ? Pas forcément.
Le recyclage mécanique : la base éprouvée
Le recyclage mécanique consiste à broyer, laver, fondre et reformer les plastiques pour en faire de nouveaux granulés. C'est le procédé le plus répandu : il représente 99 % du volume recyclé aujourd'hui en Europe.
Ses atouts
- Efficacité énergétique : par rapport au recyclage chimique, le mécanique consomme nettement moins d'énergie.
- Filière mature : les infrastructures existent, notamment pour le PET des bouteilles et le PEHD des flacons.
- Coût maîtrisé : le granulé recyclé mécanique reste moins cher que le plastique vierge dans la plupart des cas.
Ses limites
- Dégradation à chaque cycle : le plastique perd en qualité à chaque passage. Le nombre de recyclages possibles est limité.
- Inadapté aux mélanges : les plastiques multicouches, colorés ou souillés ne passent pas la rampe.
- Récupération partielle : le procédé ne permet de valoriser que 60 à 80 % de la matière de base.
- Pas de retour au contact alimentaire : sauf pour le PET, le recyclage mécanique ne permet généralement pas de produire un matériau apte au contact alimentaire.
Pour approfondir les différentes filières existantes, consultez notre panorama des filières de recyclage en France.
Le recyclage chimique : la promesse moléculaire
Le recyclage chimique regroupe plusieurs technologies (pyrolyse, solvolyse, gazéification) qui visent à casser les chaînes de polymères pour remonter à des molécules simples, réutilisables comme matière première.
Ce qu'il permet
- Traiter les plastiques "impossibles" : films, multicouches, plastiques souillés ou mélangés — tout ce que le mécanique refuse.
- Qualité vierge : le plastique obtenu retrouve les mêmes propriétés que du plastique neuf, y compris pour le contact alimentaire.
- Recyclage quasi total : là où le mécanique plafonne à 80 %, le chimique peut valoriser la quasi-totalité du produit.
Ce qui freine
- Coût élevé : le plastique issu du recyclage chimique coûte deux à trois fois plus cher que du vierge, selon Polyvia.
- Consommation énergétique : la pyrolyse opère entre 400 et 700 °C. L'empreinte carbone du procédé reste un sujet de débat.
- Passage à l'échelle difficile : Polyvia recense 20 unités en activité dans le monde dont 15 en Europe (février 2025), mais les nouveaux projets ralentissent depuis 2023.
- Accès au gisement : collecter et préparer la matière pour l'alimenter reste un défi logistique sous-estimé.
Notre article dédié au recyclage chimique par pyrolyse détaille le fonctionnement technique de ces procédés.
Les chiffres qui comptent
| Critère | Mécanique | Chimique |
|---|---|---|
| Part du volume recyclé | 99 % | Moins de 1 % |
| Taux de valorisation matière | 60-80 % | Jusqu'à 90 % |
| Coût vs plastique vierge | Comparable ou inférieur | 2 à 3 fois supérieur |
| Contact alimentaire | Limité (PET surtout) | Oui (qualité vierge) |
| Types de plastiques traités | Mono-matière, propres, triés | Mélanges, multicouches, souillés |
| Maturité industrielle | Élevée | En développement |
La France investit massivement
En février 2025, la Commission européenne a autorisé la France à mobiliser 500 millions d'euros de subventions pour la filière du recyclage chimique. Les investissements européens dans le secteur atteignent 2,6 milliards d'euros en 2025, avec un objectif de 7,2 milliards en 2030.
En parallèle, des acteurs français innovent. Carbios développe une dépolymérisation enzymatique du PET qui permet de recycler toutes les formes de PET — y compris les textiles en polyester — avec une réduction de 51 % des émissions de CO2 par rapport au PET vierge.
Complémentarité, pas opposition
Le vrai sujet n'est pas de choisir entre recyclage mécanique et chimique. Les deux se complètent :
- Le mécanique reste le choix prioritaire pour les plastiques mono-matière bien triés (bouteilles PET, flacons PEHD). Il est moins cher, moins énergivore et industriellement mature.
- Le chimique prend le relais sur la fraction que le mécanique ne sait pas traiter : les mélanges, les multicouches, les plastiques dégradés.
Déployés ensemble, ces deux procédés pourraient permettre de recycler un volume bien plus important et une plus grande variété de déchets plastiques. C'est d'ailleurs la position de la plupart des experts du secteur.
Ce qu'il faut retenir
Le recyclage chimique n'est ni une solution miracle ni un mirage. C'est un complément nécessaire au recyclage mécanique pour atteindre les objectifs européens — notamment les 55 % de recyclage des plastiques visés pour 2030. Mais son développement dépend de trois conditions : une baisse des coûts, un meilleur accès au gisement et un cadre réglementaire clair.
En attendant, la priorité reste la réduction à la source et le tri. Parce que le meilleur déchet, c'est celui qu'on ne produit pas.



