Un litre d'huile usagée peut contaminer jusqu'à 1 000 litres d'eau. Huile de vidange du garage, fond de friteuse en cuisine : ces liquides gras finissent encore trop souvent dans l'évier ou dans la nature. Pourtant, la France dispose de filières de recyclage performantes qui transforment ces déchets en ressources. Huiles moteur ou alimentaires, voici comment la collecte et la valorisation fonctionnent concrètement.
Huiles moteur et huiles alimentaires : deux filières distinctes
Il faut d'abord distinguer deux grandes familles. Les huiles minérales (moteur, lubrifiants industriels, hydrauliques) relèvent d'une filière historique encadrée par le Code de l'environnement. Les huiles alimentaires usagées (HAU) — friture, assaisonnement, fonds de poêle — suivent un circuit différent, orienté vers le biocarburant. Les deux partagent un point commun : le rejet dans le milieu naturel est strictement interdit et passible d'une amende pouvant aller jusqu'à 900 euros.
Chaque année, la France collecte environ 239 000 tonnes d'huiles moteur usagées et produit au moins 90 000 tonnes d'huiles alimentaires usagées, soit environ 4 litres par habitant. Des volumes considérables qui alimentent des filières de recyclage en France de plus en plus structurées.
Huiles moteur : déchetteries et garagistes
Les particuliers peuvent déposer gratuitement leurs huiles de vidange en déchetterie ou chez un garagiste. Depuis le 1er janvier 2022, la collecte est gratuite pour tous les détenteurs. Les professionnels (garages, industriels, transporteurs) font appel à des collecteurs agréés qui récupèrent les fûts sur site. En France, le taux de collecte des huiles moteur dépasse 90 % — un résultat remarquable porté par une réglementation stricte et un réseau de collecteurs dense.
Huiles alimentaires : points d'apport volontaire
Pour les huiles de cuisine, le geste est simple : laisser refroidir l'huile, la verser dans un contenant fermé (bouteille en plastique par exemple), puis la déposer dans un point d'apport volontaire. De nombreuses déchetteries, certains supermarchés et des bornes de collecte en communes acceptent les HAU. Des initiatives locales innovent, comme la « Baraque à huile » en Auvergne-Rhône-Alpes, qui met gratuitement à disposition des seaux de 3 litres réutilisables.
Ce qu'il ne faut surtout pas faire : vider l'huile dans l'évier ou les toilettes. Au contact de l'eau froide, elle se fige, bouche les canalisations et perturbe le fonctionnement des stations d'épuration. Un litre d'huile suffit à former une pellicule grasse de 1 000 m² à la surface de l'eau.
Le re-raffinage : donner une seconde vie aux huiles moteur
Le re-raffinage (ou régénération) est la voie royale du recyclage des huiles moteur. Le principe : à partir de 3 litres d'huile usagée, on obtient 2 litres d'huile de base dont les propriétés sont équivalentes à celles d'une huile neuve. Environ 70 % des huiles moteur collectées suivent cette filière.
Le procédé se déroule en plusieurs étapes :
- Déshydratation : élimination de l'eau et des solvants légers
- Distillation sous vide : séparation des huiles de base des résidus lourds
- Traitement de finition : purification pour atteindre les spécifications des lubrifiants neufs
La France dispose de deux usines de régénération en Seine-Maritime, opérées par des acteurs comme Veolia et Ecohuile. L'organisme Cyclevia, qui pilote la filière, a lancé un appel à projets pour moderniser ces installations et produire des huiles de base de groupes 2 et 3, compatibles avec les moteurs de dernière génération.
L'avantage environnemental est majeur : le re-raffinage génère 80 % moins de gaz à effet de serre par litre que la production d'huile neuve à partir de pétrole brut. C'est un exemple concret d'économie circulaire appliquée à l'industrie.
Valorisation énergétique et biocarburant
Les 30 % restants : combustible de substitution
Les huiles moteur non éligibles au re-raffinage (trop dégradées ou contaminées) partent en valorisation énergétique. Elles servent de combustible de substitution dans les cimenteries, où les fours atteignent 1 450 °C — une température qui assure une destruction quasi complète des polluants.
Huiles alimentaires : cap sur le biodiesel
Les HAU suivent un tout autre parcours. Une fois collectées et filtrées, elles sont acheminées vers des bioraffineries qui les transforment en biocarburant (biodiesel ou EMAG — esters méthyliques d'acides gras). Veolia produit par exemple le Dielix100, un biodiesel 100 % issu d'huiles alimentaires recyclées.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes : 1 litre d'huile alimentaire valorisé permet d'éviter l'émission de 3 kg de CO₂, soit une réduction de 92 % par rapport au diesel fossile. Au-delà du biocarburant, les HAU trouvent aussi des débouchés dans la production de savons industriels, de biolubrifiant pour tronçonneuses ou de biogaz par méthanisation.
La réglementation qui encadre la filière
Le cadre juridique repose sur le Code de l'environnement et les arrêtés du 28 janvier 1999. Les points essentiels :
- Interdiction absolue de rejeter des huiles usagées dans le milieu naturel
- Collecte gratuite depuis le 1er janvier 2022
- Obligation de traçabilité : chaque transfert d'huile usagée doit être documenté (bordereau de suivi des déchets)
- Priorité au re-raffinage sur la valorisation énergétique, conformément à la hiérarchie des traitements de déchets
L'organisme Cyclevia assure la coordination nationale. Les obligations du tri 5 flux en entreprise complètent ce dispositif pour les professionnels qui génèrent des déchets huileux en quantité.
Comment agir à son échelle ?
Quelques gestes concrets pour participer à la boucle vertueuse :
- Particulier : déposer ses huiles de vidange en déchetterie, ses huiles de cuisine en point d'apport volontaire — ne jamais les mélanger
- Restaurant ou collectivité : souscrire un contrat avec un collecteur agréé HAU (Gecco, France Collect, Cova Sud)
- Entreprise industrielle : respecter la traçabilité BSD et privilégier les lubrifiants régénérés dans les achats
Le recyclage du verre en France atteint 88 % de taux de collecte. Pour les huiles moteur, on dépasse 90 %. Preuve que lorsque la filière est bien organisée et la réglementation claire, les résultats suivent. Les huiles alimentaires, elles, ont encore une marge de progression : trop de litres finissent encore dans les canalisations.
Chaque litre collecté, c'est un litre de pétrole brut économisé, une nappe phréatique protégée, un biocarburant local produit. La filière est là, il suffit de l'utiliser.
Sources
- Cogetrad — Tout savoir sur le recyclage de l'huile usagée
- Efor Recyclage — Réglementation huiles industrielles et moteur
- L'Usine Nouvelle — Filière huile régénérée en France
- France Collect — Huiles alimentaires usagées : collecte et valorisation
- Selectibox — Huiles alimentaires usagées : collecte et valorisation





Comment se débarrasser de ses huiles usagées ?