Recyclage des matelas en France : comment ça marche ?

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5 millions de matelas jetés chaque année en France. C'est le gisement que gère la filière REP des éléments d'ameublement — et derrière ce chiffre brut, il y a une infrastructure de collecte et de recyclage que très peu de gens connaissent. Pourtant, s'en débarrasser correctement est à la fois gratuit, simple et utile pour l'économie circulaire.

La filière DEA : responsabilité élargie du producteur

Les matelas entrent dans la catégorie des Déchets d'Éléments d'Ameublement (DEA), couverte par la réglementation REP depuis 2012. Le principe est simple : les fabricants et distributeurs qui mettent des meubles sur le marché français financent leur collecte et leur valorisation en fin de vie.

L'éco-organisme agréé par l'État pour cette filière est Ecomaison (anciennement Eco-mobilier). Il coordonne le réseau de collecte sur tout le territoire, finance les opérateurs de recyclage et fixe les objectifs de valorisation. Grâce à ce dispositif, la REP DEA est effective pour la literie depuis 2015, ce qui en fait l'une des filières les plus matures du secteur.

Pour les particuliers, la conséquence directe est concrète : vous avez le droit de rapporter votre vieux matelas gratuitement à de nombreux points de collecte, sans avoir à gérer une benne ou un prestataire privé.

Où déposer votre matelas ?

Plusieurs solutions s'offrent à vous selon votre situation :

La déchetterie municipale reste le point de dépôt le plus accessible. Pratiquement toutes les déchetteries agréées acceptent les matelas, sans limite de taille. Il suffit de se présenter avec le matelas dans votre voiture ou camionnette — certaines disposent de bennes dédiées au textile et à l'ameublement.

La reprise lors de l'achat neuf. En vertu de la loi AGEC, tout distributeur qui vous livre un matelas neuf est tenu de reprendre l'ancien, au même moment et gratuitement. C'est le principe du "1 pour 1" : un meuble livré, un meuble repris. Pensez à le signaler au moment de votre commande.

Les points de collecte partenaires : certaines enseignes de grande distribution, ressourceries et associations de réemploi participent au réseau Ecomaison. Leur liste est disponible sur le site de l'éco-organisme, avec un moteur de recherche par code postal.

Que devient un matelas recyclé ?

Un matelas est une structure composite : ressorts, mousse polyuréthane, latex, fibres textiles, bois, feutrine. Sa complexité est précisément ce qui en fait un défi pour le recyclage — et une opportunité pour l'innovation.

Voici le parcours typique d'un matelas après collecte :

1. Démantèlement sur un site spécialisé. Les opérateurs séparent manuellement les différentes couches. La France compte aujourd'hui 7 sites de démantèlement et de valorisation.

2. Valorisation par matériau :

  • La mousse polyuréthane est broyée en flocons (granulation) et réutilisée comme sous-couche pour moquettes, isolation phonique ou rembourrage. Elle peut aussi entrer dans le programme RENUVA™, qui reconvertit la mousse en polyol recyclé pour fabriquer de nouveaux produits.
  • Les ressorts en acier partent en filière métaux pour refonte.
  • Les fibres textiles sont acheminées vers les filières de valorisation du textile.
  • Le bois des cadres suit la filière bois-énergie ou le recyclage bois.

3. La valorisation énergétique concerne les fractions non recyclables : elles sont utilisées comme combustible de substitution dans les cimenteries, en remplacement d'énergies fossiles.

Au total, environ 72 000 tonnes de matelas — soit 4 millions d'unités — sont chaque année détournées de l'enfouissement. Le taux de valorisation global atteint 90 %, avec une répartition équilibrée entre recyclage matière et valorisation énergétique.

Les limites actuelles de la filière

Malgré ces résultats, la filière est loin de couvrir l'intégralité du gisement. Sur les 5 millions de matelas mis au rebut chaque année, une part significative finit encore en dépôts sauvages ou dans des bennes non spécialisées. Les raisons sont multiples : méconnaissance du dispositif, manque de points de collecte dans certaines zones rurales, difficultés logistiques pour les particuliers sans véhicule.

La filière travaille aussi sur l'éco-conception : inciter les fabricants à réduire la diversité des matériaux et à faciliter le démantèlement en fin de vie. Ecomaison a lancé en 2025 plusieurs chantiers sur ce sujet, dont un label de conception responsable pour la literie.

La loi AGEC et ses évolutions pour 2026 prévoient un renforcement des obligations de traçabilité pour les professionnels du déménagement et de la livraison, qui représentent un gisement important de matelas collectables.

Comment s'inscrire dans l'économie circulaire ?

Le recyclage du matelas est un exemple concret des principes de l'économie circulaire : prolonger la durée de vie d'un produit, récupérer ses matières premières, réduire le recours aux ressources vierges.

À titre personnel, quelques gestes simples permettent de maximiser l'impact :

  • Vérifier en amont si votre matelas est encore valorisable en réemploi (associations, ressourceries)
  • Utiliser systématiquement le "1 pour 1" lors de tout achat de literie neuve
  • Éviter de déposer un matelas en encombrants classiques, où il sera souvent enfoui

La collecte des textiles et vêtements suit une logique similaire : des filières REP structurées qui permettent une valorisation à condition que les citoyens utilisent les bons circuits.

Sources

Conclusion

Recycler un matelas n'est pas plus compliqué que déposer une bouteille en verre : il existe des points de collecte, des filières structurées, et le geste est gratuit. Le vrai enjeu, c'est la notoriété de ce dispositif. Si les 5 millions de matelas usagés annuels étaient tous correctement orientés, ce seraient autant de tonnes de mousse, d'acier et de textiles réintégrés dans l'économie — et autant d'évité en décharges.

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