Plastiques agricoles : qui les recycle et comment ?

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On parle beaucoup des plastiques ménagers, des emballages alimentaires, du PET dans les bouteilles. Et les plastiques agricoles, eux ? Les bâches de silo, les films de paillage, les bidons de phyto, les ficelles de balles de foin ? C'est des tonnes. Littéralement.

102 000 tonnes de plastiques agricoles collectés en France en 2024. Un record historique. Et une filière qui, sans faire de bruit, a construit l'un des systèmes de recyclage les plus efficaces du pays.

Arrêtons de tourner autour du pot : la filière agricole est un bon élève. Pas parfait, mais nettement au-dessus de la moyenne des filières REP françaises.

Adivalor : l'éco-organisme qu'on ne connaît pas

La filière des déchets plastiques agricoles repose sur un seul acteur : A.D.I.VALOR (Agriculteurs, Distributeurs, Industriels pour la VALORisation des déchets agricoles). Créé en 2001, cet éco-organisme agrée par l'État est financé par les industriels de l'agrochimie et les fabricants de plastiques agricoles.

Le principe : les entreprises qui mettent des plastiques et produits phytosanitaires sur le marché agricole financent la collecte et le recyclage de leurs déchets. C'est le modèle REP (Responsabilité Élargie du Producteur) — le même que Citeo pour les emballages ménagers ou Refashion pour les textiles.

En clair : l'agriculteur ne paie pas la collecte. Elle est financée par les éco-contributions des industriels. Il doit juste trier, préparer et apporter ses plastiques aux points de collecte.

En 2024, l'écosystème Adivalor mobilisait :

  • 300 000 agriculteurs qui trient et apportent leurs déchets
  • 1 375 opérateurs de collecte (coopératives agricoles, négoces)
  • 14 285 acteurs au total dans la chaîne

Les chiffres 2024 : record et nuances

102 000 tonnes collectées en 2024, soit 5 000 tonnes de plus que l'année précédente. Une progression régulière depuis la création de la filière. Les émissions de CO₂ évitées par le recyclage plutôt que l'incinération ou l'enfouissement : 107 575 tonnes de CO₂ équivalent — pour un coût de 43 952 tonnes de CO₂ générés par la logistique de collecte. Bilan net largement positif.

Mais quelques nuances s'imposent, parce que ce n'est pas tout rose.

Le taux de collecte global dépasse 70 %, et approche 90 % pour les bidons de produits phytosanitaires (la fraction la plus valorisable). Sur les films plastiques (bâches, ensilage, paillage), on est autour de 65-70 %.

La réalité du terrain : les 30 % non collectés, c'est essentiellement des plastiques brûlés à la ferme (pratique illégale, mais encore courante), enterrés, ou laissés sur place. Les petites exploitations, les filières atypiques, les zones difficiles d'accès — c'est là que la collecte accroche.

Les matériaux collectés : pas que des bâches

On imagine souvent les plastiques agricoles comme de grandes bâches bleues ou noires. C'est une partie du gisement. La réalité est plus diverse :

Films souples (la fraction la plus volumineuse) :

  • Films d'ensilage et d'enrubannage (couverture des silos)
  • Films de paillage (en sol et à platbande)
  • Sacs de semences et d'engrais
  • Films d'emballage divers

Plastiques rigides :

  • Bidons vides de produits phytosanitaires (EVPP) — les fameux jerrycans
  • Emballages vides de lubrifiants et huiles
  • Emballages de nutrition animale (catégorie intégrée récemment)

Ficelles et filets :

  • Ficelles de bottelage et d'enrubannage
  • Filets de balles de foin
  • Filets anti-insectes (intégrés en 2025)

Gaines semi-rigides :

  • Gaines d'irrigation
  • Tuyaux goutte-à-goutte (collecte expérimentale en 2025)

Pour 2025, Adivalor élargit la collecte aux gaines semi-rigides et aux filets anti-insectes — deux catégories jusqu'ici peu prises en charge.

Comment ça marche concrètement

La collecte s'organise en campagnes annuelles, généralement au printemps (après l'hiver) et à l'automne. Les dates varient par département.

Étape 1 — Préparation à la ferme

L'agriculteur doit préparer ses plastiques avant la collecte. Pour les films, cela signifie les vider de la terre, des résidus organiques et des corps étrangers. Un film trop souillé est refusé en recyclage et part en valorisation énergétique (incinération avec récupération d'énergie) — moins vertueux.

Les bidons doivent être rincés trois fois et retournés pour égouttage. Un bidon non rincé est dangereux (traces de phytosanitaires). Refusé en collecte ou traité séparément avec surcoût.

Étape 2 — Apport au point de collecte

Les points de collecte sont organisés par les coopératives agricoles et négoces locaux, qui servent de relais logistiques. Certains départements proposent des collectes mobiles pour les zones éloignées. Les déchetteries professionnelles peuvent également accepter certaines catégories.

Étape 3 — Regroupement et transport

Les opérateurs de collecte regroupent les volumes, les conditionnent (compactage des films, mise en vrac des bidons) et les orientent vers les recycleurs.

Étape 4 — Recyclage

Les films plastiques (polyéthylène basse densité — PEBD) sont recyclés en France par des acteurs comme Suez Recycling & Recovery, qui a investi dans une nouvelle ligne de recyclage fin 2024. Le recyclé est intégré dans de nouveaux films agricoles, des tuyaux ou des produits plastiques industriels.

Les plastiques rigides (PEHD — polyéthylène haute densité) sont, eux, dans une situation plus tendue. Le marché du PEHD recyclé souffre en 2024-2025 : le bâtiment et l'automobile — deux débouchés historiques — traversent une crise de la demande. Le recyclage est possible techniquement, mais les filières de sortie matière sont moins porteuses.

L'objectif 100 % : ambitieux mais pas garanti

Adivalor affiche un objectif : 100 % des plastiques collectés et 100 % recyclés en 2030. Ambitieux. Peut-être trop ?

La collecte à 100 % suppose de toucher les 30 % restants — les exploitations les plus isolées, les plus petites, celles qui n'ont pas encore intégré les bons réflexes. C'est un problème de capillarité logistique et de culture, pas de manque de volonté politique ou de financement.

Le recyclage à 100 % dépend des marchés aval. Si le marché du PEHD recyclé reste déprimé, les recycleurs ne peuvent pas investir dans des capacités supplémentaires. La matière collectée risque de partir en valorisation énergétique (incinération) plutôt qu'en recyclage matière.

En clair : 100 % est possible, mais conditionné à trois choses — la stabilisation des marchés du plastique recyclé, l'extension géographique de la collecte, et l'élargissement continu des catégories collectées.

Ce que ça change pour la filière agricole

La réglementation durcit. La loi AGEC et les règlements européens poussent vers la fin des brûlages de déchets agricoles à ciel ouvert — une pratique illégale en France depuis 2017, mais encore répandue. Les contrôles restent rares en milieu rural, mais la pression réglementaire monte.

Pour les agriculteurs, la filière Adivalor est la voie légale et gratuite. Pas de raison économique de brûler : la collecte ne coûte rien, les points de collecte se multiplient, et les sanctions pour brûlage (pollution atmosphérique illégale) peuvent être lourdes.

La gestion des déchets en entreprise s'applique aussi aux exploitations agricoles — qui sont des entreprises. Traçabilité, bordereau de suivi, points de dépôt agréés : les mêmes obligations s'imposent.

Où trouver les dates et points de collecte

Le calendrier des collectes est disponible sur adivalor.fr par département. Les coopératives agricoles et négoces locaux sont les premiers relais : ils organisent souvent les collectes et informent leurs adhérents.

Pour les agriculteurs qui ne savent pas par où commencer :

  1. Contacter la coopérative ou le négoce le plus proche
  2. Consulter adivalor.fr → rubrique "Trouver une collecte"
  3. Se renseigner auprès de la chambre d'agriculture départementale

Une filière qui fonctionne, des résultats en progression, des objectifs ambitieux. La valorisation des déchets agricoles n'est pas un sujet glamour — mais c'est un exemple concret de filière REP qui livre.

Sources

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