Chaque année, les Français mettent à la retraite des dizaines de millions de pneus. Ces montagnes de caoutchouc noir représentent un défi logistique et environnemental colossal — et pourtant, la France a mis en place une filière de recyclage qui atteint un taux de valorisation de 100 %. Comment fonctionne ce système, et que peut faire un particulier pour bien orienter ses vieux pneus ?
La filière REP : Aliapur, l'éco-organisme incontournable
Depuis 2004, le recyclage des pneus usagés est encadré par une filière à Responsabilité Élargie du Producteur (REP). Les fabricants et importateurs de pneus financent la collecte et le traitement via un éco-organisme agréé : Aliapur.
Aliapur coordonne la collecte sur l'ensemble du territoire métropolitain et des DROM-COM. En 2024, l'organisme a pris en charge 405 000 tonnes de pneus usagés, soit l'équivalent de plus de 48 millions de pneus tourisme. Ce volume représente environ 75 % du gisement total annuel français. L'objectif de la filière REP est simple : aucun pneu usagé ne doit finir en décharge ou brûlé à l'air libre.
La filière génère également une économie de 750 000 tonnes de CO2 par an grâce aux substitutions qu'elle permet dans l'industrie.
Où déposer ses pneus usagés ?
La règle de base : le pneu usagé se rend là où le pneu neuf arrive.
Chez le garagiste ou le centre auto — C'est la voie principale. Lors d'un changement de pneus, le professionnel est tenu de reprendre les anciens sans frais supplémentaires. Les pneumatiques sont ensuite collectés par Aliapur via son réseau de points de regroupement.
En déchetterie — Les déchetteries municipales acceptent les pneus usagés des particuliers, généralement à hauteur de quelques unités par visite. Vérifier les règles locales : certaines communes limitent à 4 ou 6 pneus par passage.
Auprès des récupérateurs agréés — Pour les professionnels (flottes de transport, collectivités), des conventions directes avec des prestataires agréés permettent l'enlèvement sur site.
À noter : déposer ses pneus dans la nature ou les brûler est illégal et passible de sanctions. Le coût de dépollution d'un site de stockage sauvage de pneus peut atteindre plusieurs millions d'euros.
Les filières de valorisation : que devient un pneu recyclé ?
Une fois collectés, les pneus suivent plusieurs voies selon leur état et leur taille.
Rechapage et réemploi
Les pneus les moins usés peuvent être rechapés, c'est-à-dire recevoir une nouvelle bande de roulement. Cette pratique, courante pour les poids lourds, allonge la durée de vie du pneu tout en réduisant la consommation de matières premières. Le rechapage consomme 70 % moins d'énergie que la fabrication d'un pneu neuf.
Granulats de caoutchouc
Le broyage des pneus en fines particules produit des granulats de caoutchouc. Ces granulats ont de nombreux débouchés :
- Sols sportifs et aires de jeux : gazon synthétique, revêtements de pistes d'athlétisme, sols de salles de sport
- Sols équestres : carrières d'équitation, pistes de galop
- Revêtements routiers : certains enrobés bitumineux incorporent du caoutchouc recyclé, améliorant la résistance et réduisant le bruit
- Sous-couches acoustiques dans la construction
Valorisation énergétique en cimenteries
Les pneus entiers ou en morceaux servent de combustible de substitution dans les fours des cimenteries. Leur pouvoir calorifique est élevé (équivalent à celui du charbon) et leur combustion dans des fours à plus de 1 400 °C garantit une destruction totale des composés toxiques. Les cendres de fer contenues dans le pneu s'intègrent au clinker, sans déchet résiduel.
La pyrolyse : la voie d'avenir
La pyrolyse décompose le caoutchouc par chauffage sans oxygène pour produire :
- Du noir de carbone régénéré (utilisable dans la fabrication de nouveaux pneus)
- De l'huile de pyrolyse (carburant de substitution)
- Du gaz de synthèse
- De l'acier récupéré de l'armature
Cette technologie permet un recyclage en boucle fermée : un pneu usagé contribue directement à la fabrication d'un pneu neuf. Aliapur investit pour orienter davantage de volumes vers ces installations de pyrolyse, qui représentent l'avenir de la filière.
Ce que peut faire un particulier
Quelques gestes concrets pour agir dans les règles :
- Remettre ses pneus au garagiste lors de chaque remplacement — c'est gratuit et obligatoire pour le professionnel.
- Aller en déchetterie pour les pneus stockés au garage.
- Éviter les vendeurs sans label REP qui pratiquent parfois des prix bas en abandonnant les pneus illégalement.
- Prolonger la durée de vie de ses pneus : gonflage correct, géométrie réglée, conduite souple — chaque kilomètre supplémentaire repousse l'échéance du recyclage.
- Vérifier la possibilité du rechapage pour les véhicules utilitaires ou poids lourds.
Pour les particuliers qui achètent des pneus en ligne, la loi impose désormais que le vendeur en ligne soit adhérent à un éco-organisme agréé. Le pictogramme Aliapur sur le site garantit que la filière sera activée.
Sources
- Aliapur — Qui est Aliapur et bilan 2024
- Ministère de la Transition écologique — Pneumatiques
- Sénat — Question recyclage des pneus usagés 2025
Conclusion
La filière de recyclage des pneus usagés en France est l'une des plus performantes d'Europe : 100 % des pneus collectés sont valorisés, sans enfouissement ni dépôt sauvage. Aliapur coordonne ce système en mobilisant garagistes, déchetteries et industriels. Pour un particulier, le geste est simple : confier ses vieux pneus à son garagiste ou à la déchetterie la plus proche. La prochaine génération de pneus pourrait même contenir du caoutchouc issu des vôtres.
Pour aller plus loin, découvrez notre panorama complet des filières de recyclage en France et les principes de l'économie circulaire.



