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Robots trieur IA : 70 gestes par minute, le recyclage change d'échelle

Par Guillaume P.

6 min de lecture
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Un robot de tri effectue 70 gestes par minute avec une précision supérieure à 90 %. Un trieur humain expérimenté en fait entre 30 et 50, avec un taux d'erreur plus élevé et des conditions de travail éprouvantes. En clair : l'automatisation des centres de tri n'est plus une expérimentation — c'est une réalité industrielle qui s'accélère en 2026.

Veolia déploie ses bennes intelligentes équipées d'IA, les robots SamurAI et Max AI envahissent les lignes de tri, et les premiers centres entièrement automatisés voient le jour. La question n'est plus « si » mais « comment » cette transition va transformer le recyclage français.

Des robots qui trient mieux et plus vite#

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Le robot SamurAI de Machinex atteint 70 manipulations par minute, soit presque le double d'un opérateur humain. Le Max AI de Bulk Handling Systems annonce 2 400 gestes de tri par heure contre environ 2 100 pour un agent humain. Et ces robots fonctionnent 24 heures sur 24, sans pause, sans fatigue, sans TMS.

La précision est l'autre avantage décisif. Grâce à la vision par ordinateur et au deep learning, ces machines identifient les matériaux avec une fiabilité supérieure à 90 %. Elles distinguent un PET clair d'un PET opaque, un carton alimentaire d'un carton standard, un film plastique d'un sac réutilisable. Des distinctions que l'œil humain fait aussi, mais avec un taux d'erreur qui augmente au fil des heures.

La différence fondamentale avec le tri optique déjà déployé dans les centres français : ici, on ne parle pas seulement de détection, mais de préhension physique. Les robots sont équipés de pinces, de ventouses ou de systèmes pneumatiques qui saisissent effectivement les objets sur le tapis. C'est du tri robotisé de bout en bout.

Veolia : l'IA embarquée dans les bennes#

Veolia a pris un angle différent : plutôt que d'attendre l'arrivée des déchets en centre de tri, l'IA est embarquée directement dans les véhicules de collecte. Depuis fin 2025, 40 bennes sont déployées en France, équipées de caméras de reconnaissance optique fournies par la start-up française Lixo.

Ces bennes identifient plus de 30 familles de déchets en temps réel pendant la collecte. Concrètement, quand un camion vide une benne d'entreprise, l'IA analyse la composition et génère un diagnostic instantané : taux de tri, présence d'erreurs, nature des contaminants.

L'objectif est double :

  • Conformité réglementaire : avec le décret 5 flux et les obligations de tri pour les entreprises, les 12 000 clients concernés reçoivent des rapports personnalisés prouvant leur conformité
  • Amélioration du geste de tri : en identifiant les erreurs récurrentes, Veolia peut accompagner ses clients vers un meilleur tri à la source

Les premières expérimentations à Lyon, Grenoble et Valence ont montré une amélioration mesurable de la qualité du tri chez les entreprises suivies. C'est de la collecte mobile intelligente, et ça change la donne pour les filières de recyclage qui souffrent de la contamination des flux entrants.

La question sociale : les trieurs humains#

C'est le sujet qu'on évite trop souvent. En France, plusieurs milliers de personnes travaillent comme trieurs manuels dans les centres de tri. Des postes physiquement éprouvants, souvent mal rémunérés, avec des expositions à la poussière, aux odeurs et aux risques sanitaires.

La réalité du terrain : l'automatisation va supprimer une partie de ces postes. Pas tous — il faudra toujours de la maintenance, de la supervision, de la gestion des rejets et des flux complexes. Mais les lignes de tri manuel pures vont progressivement disparaître.

Deux façons de voir les choses :

  • Vision cynique : on automatise pour réduire les coûts, et tant pis pour l'emploi
  • Vision pragmatique : ces postes sont dangereux, sous-payés, et personne ne se bat pour les défendre quand il s'agit de recrutement. Les centres de tri peinent déjà à trouver des opérateurs

La bonne approche, c'est d'accompagner la transition : formation aux métiers de la maintenance robotique, montée en compétences des opérateurs existants vers la supervision des lignes automatisées, plans de reconversion financés par les éco-organismes qui bénéficient directement de la productivité accrue.

Impact sur les taux de recyclage#

L'automatisation ne se résume pas à un gain de productivité. Elle change fondamentalement la qualité du tri, et donc les taux de recyclage effectifs.

Trois effets concrets :

  • Moins de refus : un tri plus précis signifie moins de matériaux recyclables envoyés en refus (et donc en enfouissement ou incinération)
  • Meilleure pureté des flux : les recycleurs en aval reçoivent des balles de matériaux plus pures, ce qui améliore le rendement du recyclage et réduit les coûts de retraitement
  • Nouveaux flux valorisables : des matériaux jusqu'ici considérés comme trop complexes à trier manuellement (films plastiques, petits emballages, composites) deviennent récupérables grâce à la précision robotique

Le guide du tri sélectif va devoir évoluer en conséquence. Plus on accepte de matériaux dans les bacs de tri, plus la pression monte sur les centres pour les traiter correctement. L'IA et la robotique sont la réponse technique à cette extension des consignes.

Ce qui arrive en 2026-2027#

Plusieurs projets majeurs sont en cours de déploiement :

  • Centres de tri nouvelle génération : des installations capables de traiter plus de 60 000 tonnes par an avec une automatisation quasi totale, opérationnelles dès 2026
  • Extension des bennes IA Veolia : après les 40 premières, l'objectif est de couvrir l'ensemble du parc de collecte professionnelle
  • Convergence tri optique + robotique : les prochains centres combineront la détection par spectroscopie infrarouge avec la préhension robotisée pour un tri en cascade à très haute vitesse

L'investissement est lourd — plusieurs millions d'euros par ligne robotisée — mais le retour sur investissement est rapide grâce à la productivité et à la valeur des matériaux récupérés.

En résumé#

Le recyclage entre dans l'ère de l'automatisation. Les robots trient plus vite, plus précisément et en continu. Veolia embarque l'IA directement dans ses camions. Les taux de recyclage devraient en bénéficier mécaniquement. Reste la question sociale, qui mérite une réponse à la hauteur de la transformation en cours. Ignorer le sujet de l'emploi serait irresponsable. L'accompagner, c'est la seule option viable.

Sources#

GP

Guillaume P.

Rédacteur spécialiste web & tech

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