46 % de recyclage des déchets non minéraux non dangereux en 2022, contre un objectif de 65 % pour 2025. La France progresse, certes, mais pas assez vite. Le décalage avec les objectifs européens ne se résorbe pas, et sur certains matériaux — le plastique en tête — le retard est flagrant.
Les chiffres globaux : une progression lente
Tous déchets confondus (municipaux, industriels, BTP), le taux de recyclage matière et organique en France atteint 52 % en 2024. Un chiffre en hausse par rapport aux 48 % de 2010, mais qui masque des disparités considérables selon les filières.
Pour les déchets municipaux spécifiquement, le taux de recyclage stagne autour de 43 % depuis plusieurs années. L'objectif européen de 55 % pour 2025 n'est pas atteint.
Matériau par matériau : des écarts considérables
| Matériau | Taux de recyclage France | Objectif UE 2025 | Écart |
|---|---|---|---|
| Verre | 87 % | 70 % | En avance |
| Papier-carton | 72 % | 75 % | Proche |
| Métaux | 78 % | 70 % | En avance |
| Plastique | 29 % | 50 % | -21 points |
| Emballages ménagers (tous) | 71 % | 65 % | En avance |
Le verre : champion incontesté
Avec un taux de 87 %, le verre reste le matériau le mieux recyclé en France. La filière est mature, bien organisée, et le geste de tri est largement adopté par la population. Notre article sur le recyclage du verre en France détaille ce circuit vertueux.
Le plastique : le point noir
Le taux de recyclage du plastique en France plafonne à 29 % en 2024. C'est bien en dessous de la moyenne européenne (40,7 %) et très loin des performances de pays comme l'Allemagne ou les Pays-Bas, qui dépassent les 50 %.
Plusieurs facteurs expliquent ce retard :
- La diversité des résines : PET, PEHD, PP, PS, PVC... chaque plastique nécessite un traitement spécifique.
- Les plastiques souples et multicouches restent très difficiles à recycler mécaniquement.
- L'extension des consignes de tri n'est effective sur tout le territoire que depuis 2023.
- Le manque de centres de sur-tri capables de séparer finement les différentes résines.
Pour comprendre le parcours du plastique après la poubelle, consultez notre article Que devient le plastique recyclé ?.
Le papier-carton : presque dans les clous
Avec 72 % de recyclage, la filière papier-carton est proche de l'objectif européen de 75 %. La France bénéficie d'une industrie papetière qui absorbe une bonne partie du gisement collecté, même si les exportations vers l'Asie ont longtemps perturbé le marché. Notre dossier sur le recyclage du papier-carton fait le point complet.
Les objectifs européens : un calendrier serré
La directive-cadre européenne sur les déchets fixe des paliers ambitieux :
- 2025 : 55 % de recyclage des déchets municipaux, 65 % de recyclage des emballages
- 2030 : 60 % de recyclage des déchets municipaux, 70 % des emballages, 55 % des plastiques
- 2035 : 65 % de recyclage des déchets municipaux, mise en décharge limitée à 10 %
Au rythme actuel, la France ne sera pas en phase avec ces objectifs. Citeo, l'éco-organisme des emballages, l'a reconnu publiquement.
La taxe plastique : le coût du retard
Depuis 2021, chaque État membre paie une contribution à l'UE proportionnelle à la quantité de déchets d'emballages plastiques non recyclés. Pour la France, la facture s'élevait à plus de 1,2 milliard d'euros en 2021. Un coût direct du retard en matière de recyclage des plastiques.
Les leviers pour accélérer
L'extension des consignes de tri
Depuis 2023, tous les emballages plastiques vont dans le bac jaune, partout en France. C'est un progrès majeur pour la collecte, mais encore faut-il que les centres de tri suivent en capacité de traitement. Notre guide du tri sélectif explique les nouvelles règles.
Les nouvelles filières REP
La loi AGEC a créé ou renforcé une dizaine de filières REP (Responsabilité Élargie du Producteur) depuis 2023 : emballages professionnels, textiles sanitaires, articles de sport, matériaux de construction... Autant de gisements qui étaient jusqu'ici mal collectés.
Le recyclage chimique
Pour la fraction de plastiques que le recyclage mécanique ne sait pas traiter, le recyclage chimique offre une voie complémentaire. La France a obtenu 500 millions d'euros de subventions européennes pour développer cette filière.
La consigne
Le retour de la consigne des bouteilles est un levier puissant pour augmenter le taux de collecte du PET. Les pays européens qui l'ont mise en place atteignent des taux de collecte supérieurs à 90 %. La France, elle, plafonne en dessous de 60 %.
Ce qu'il faut retenir
La France n'est pas un mauvais élève sur tous les tableaux : le verre, les métaux et les emballages ménagers sont bien recyclés. Mais sur le plastique et les déchets municipaux dans leur ensemble, le retard est réel et mesurable. Les outils existent (extension du tri, nouvelles REP, recyclage chimique), mais leur montée en puissance prend du temps. Et le temps, précisément, c'est ce qui manque pour tenir les échéances européennes.



