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Tri en copropriété : organiser la collecte dans son immeuble

12 min de lecture

Le tri sélectif en copropriété représente un enjeu environnemental majeur et une obligation légale depuis plusieurs années. Entre dispositifs réglementaires, équipements obligatoires et mobilisation des résidents, organiser une collecte efficace dans un immeuble nécessite une approche structurée. Ce guide détaille les obligations, les bonnes pratiques et les solutions concrètes pour transformer votre copropriété en modèle de gestion des déchets.

Loi AGEC et obligations du syndic

Depuis l'entrée en vigueur de la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (AGEC), les copropriétés sont soumises à des obligations précises. À partir du 1er janvier 2022, les syndics doivent informer obligatoirement les résidents des dispositifs de tri disponibles, tant au sein de la copropriété que dans la commune.

Cette information doit être double :

  • Affichage dans le local poubelles avec des consignes de tri claires
  • Communication directe auprès des occupants (courrier, email, réunion)

La mise à disposition de bacs colorés pour permettre le tri sélectif des déchets ménagers est également une obligation du syndic, selon les directives établies par les services municipaux de collecte.

Tri obligatoire des biodéchets depuis 2024

Depuis le 1er janvier 2024, le tri à la source des biodéchets est devenu obligatoire pour tous les foyers français, y compris en copropriété. Concrètement, cela signifie que les résidents doivent pouvoir séparer leurs déchets alimentaires et végétaux des ordures ménagères résiduelles.

Toutefois, la loi n'impose pas aux copropriétés d'installer des bacs de compostage dans les parties communes. Le conseil syndical ou un copropriétaire peut soumettre cette installation au vote en assemblée générale, généralement à la majorité simple. Pour en savoir plus sur cette obligation, consultez notre guide pratique du compostage obligatoire.

Tri 5 flux : une obligation pour certains immeubles

Le tri 5 flux — papier/carton, métal, plastique, verre et bois — concerne principalement les entreprises et les immeubles tertiaires. Une copropriété peut être soumise à cette obligation si elle génère plus de 1 100 litres par semaine de déchets sur une même implantation et qu'elle est collectée par un prestataire privé.

Dans ce cas, deux solutions :

  • Tri à la source avec 5 bacs dédiés
  • Benne unique regroupant les 5 flux, à condition de les stocker séparément des autres déchets

Aménager le local poubelles : équipements et signalétique

Bacs de tri : couleurs et volumes

Un local poubelles bien organisé facilite le tri et réduit les erreurs. Les bacs doivent respecter un code couleur standardisé :

  • Jaune : emballages recyclables (bouteilles plastique, cartons, métaux)
  • Vert ou gris : ordures ménagères résiduelles
  • Bleu (optionnel) : papiers et journaux
  • Marron (si compostage collectif) : biodéchets

Le volume des bacs doit être adapté à la taille de la copropriété et à la fréquence de collecte. Pour un immeuble de 20 logements, prévoir au minimum :

  • 2 bacs de 660 litres pour les emballages recyclables
  • 2 bacs de 770 litres pour les ordures ménagères
  • 1 bac de 360 litres pour le verre (si pas de point d'apport volontaire à proximité)

Signalétique claire et pédagogique

La signalétique est essentielle pour éviter les erreurs de tri. Elle doit être :

  • Visible : placée à hauteur des yeux, au-dessus de chaque bac
  • Illustrée : pictos clairs montrant les déchets acceptés et refusés
  • Multilingue si nécessaire, dans les immeubles cosmopolites
  • Résistante à l'humidité et aux manipulations

Vous pouvez télécharger des kits de signalétique gratuits sur les sites des collectivités locales ou de l'ADEME. Certains fournisseurs de bacs proposent également des autocollants pré-imprimés adaptés.

Aération et propreté du local

Un local sale et malodorant décourage le tri. Pour maintenir un espace agréable :

  • Aération régulière (VMC ou grilles d'aération)
  • Nettoyage hebdomadaire (sol, parois, abords des bacs)
  • Bacs fermés pour limiter les odeurs et l'accès aux nuisibles
  • Éclairage suffisant pour faciliter l'usage, même en soirée

Compostage en pied d'immeuble : mode d'emploi

Vote en assemblée générale

L'installation d'un composteur collectif en copropriété nécessite l'accord des copropriétaires lors de l'assemblée générale. La décision se prend généralement à la majorité simple (article 24 de la loi du 10 juillet 1965).

Le projet doit être inscrit à l'ordre du jour avec une description précise :

  • Emplacement proposé (jardin, aire dédiée)
  • Type de composteur (bois, plastique, nombre de bacs)
  • Coût d'installation et d'entretien
  • Désignation d'un référent

Emplacement et dimensionnement

Un composteur en pied d'immeuble doit être placé :

  • Sur sol naturel (pas sur dalle béton) pour permettre le drainage et l'accès aux micro-organismes du sol
  • À l'ombre ou mi-ombre pour éviter le dessèchement
  • À distance raisonnable des fenêtres (minimum 5 mètres) pour limiter les désagréments olfactifs

Pour une copropriété, prévoir au minimum 3 bacs :

  1. Bac d'apport (dépôt des biodéchets frais)
  2. Bac de maturation (compost en cours de décomposition)
  3. Bac de stockage du compost mûr

Gestion et animation

La réussite d'un composteur collectif repose sur l'animation et le suivi. Plusieurs modèles de gestion existent :

  • Référent bénévole parmi les résidents (idéalement 2-3 personnes pour se relayer)
  • Gardien de l'immeuble, si présent, peut assurer le suivi quotidien
  • Maître composteur externe (association, collectivité) pour les formations et dépannages

Les tâches incluent :

  • Brasser le compost 1 fois par semaine
  • Ajouter du broyat (matière sèche) après chaque apport
  • Vérifier l'humidité et la température
  • Animer des ateliers pour former les nouveaux résidents

Pour un accompagnement technique, de nombreuses collectivités proposent des formations gratuites et des subventions d'équipement.

Organiser la collecte : fréquence et prestataires

Adapter la fréquence de collecte

La fréquence de collecte doit correspondre au volume de déchets produits. En copropriété classique :

  • Ordures ménagères : 2 à 3 fois par semaine
  • Bac jaune (recyclables) : 1 fois par semaine
  • Verre : 1 fois par mois (ou point d'apport volontaire)
  • Biodéchets (si service municipal) : 1 fois par semaine en été, tous les 10 jours en hiver

Si les bacs débordent régulièrement, contactez le service municipal ou le prestataire pour augmenter la fréquence ou le volume des contenants.

Prestataire public ou privé ?

La plupart des copropriétés dépendent du service public de collecte (gestion par la commune ou l'intercommunalité), financé par la taxe d'enlèvement des ordures ménagères (TEOM).

Certaines copropriétés, notamment en centre-ville ou avec des besoins spécifiques, font appel à un prestataire privé. Dans ce cas :

  • Obligation de respecter le tri 5 flux (si volume supérieur à 1 100 litres/semaine)
  • Contrat négocié directement par le syndic
  • Coût généralement plus élevé, mais services personnalisés (collecte nocturne, bacs enterrés, etc.)

Points d'apport volontaire (PAV)

Pour les immeubles sans local poubelles suffisant ou en complément, les points d'apport volontaire sont une solution. Ils accueillent :

  • Verre
  • Textiles
  • Papiers
  • Emballages (selon les communes)

Vérifiez leur localisation sur le site de votre mairie et communiquez les adresses aux résidents.

Mobiliser les résidents : communication et sensibilisation

Réunion d'information

Organiser une réunion annuelle dédiée au tri permet de rappeler les consignes et d'échanger avec les résidents. Au programme :

  • Présentation des dispositifs de tri (bacs, composteur, PAV)
  • Projection des 15 erreurs courantes du tri et comment les éviter
  • Réponses aux questions pratiques
  • Visite du local poubelles et démonstration

Cette réunion peut être couplée à l'assemblée générale ordinaire ou organisée en soirée thématique.

Supports de communication

La communication doit être régulière et multi-canal :

  • Affichage dans les parties communes (hall, ascenseur, local poubelles)
  • Courrier ou email avec le guide du tri sélectif adapté à la commune
  • Newsletter trimestrielle avec des astuces et des bilans (volume trié, économies réalisées)
  • Groupes de résidents (WhatsApp, Facebook) pour échanger et relayer les infos

Pensez à adapter le ton et le format selon le public : familles, personnes âgées, locataires étudiants, etc.

Ambassadeurs du tri

Désigner des ambassadeurs du tri parmi les résidents volontaires renforce l'appropriation collective. Leur rôle :

  • Répondre aux questions pratiques
  • Signaler les dysfonctionnements (bac cassé, débordement)
  • Animer des actions ponctuelles (défi zéro déchet, visite composteur)

Certains syndics offrent une réduction de charges ou une contrepartie symbolique pour valoriser cet engagement.

Retours d'expérience de copropriétés

Résidence Les Jardins (Lyon, 120 logements)

Depuis 2023, cette copropriété a installé un composteur de 3 bacs en pied d'immeuble. Bilan après 18 mois :

  • 30 % des résidents utilisent régulièrement le composteur
  • Réduction de 15 % du volume d'ordures ménagères
  • 10 m³ de compost produits et redistribués aux jardinières collectives

Le succès repose sur 2 référents formés par la métropole et une signalétique ludique avec QR code vers des tutos vidéo.

Immeuble Le Corail (Marseille, 45 logements)

Cette petite copropriété a réorganisé son local poubelles en 2024 avec un code couleur strict et un éclairage LED. Résultats :

  • Taux de refus de tri passé de 35 % à 12 %
  • Réduction du nombre de passages de collecte (économie sur les charges)
  • Satisfaction des résidents : 85 % se disent mieux informés (enquête interne)

Le syndic a également négocié avec la mairie l'installation d'un PAV verre à 50 mètres de l'immeuble.

Tour Horizon (Nantes, 200 logements)

Cette grande copropriété a mis en place un tri 5 flux en anticipation d'une obligation future (immeuble mixte résidentiel-tertiaire). Dispositif :

  • 5 bacs de 1 000 litres avec signalétique bilingue (français-anglais)
  • Contrat prestataire privé avec collecte bihebdomadaire
  • Formation du gardien et de 2 ambassadeurs par étage

Le coût additionnel est compensé par la revente des matériaux triés (carton, métaux) au prestataire.

Gérer les situations problématiques

Refus de tri et sanctions

Certains résidents ne respectent pas les consignes malgré les rappels. Solutions possibles :

  • Pédagogie renforcée : courrier personnalisé avec rappel des règles
  • Affichage nominatif (si règlement de copropriété le prévoit) des mauvaises pratiques constatées
  • Sanction financière pour non-respect répété (amende votée en AG, rarement appliquée)

Attention : privilégier toujours la sensibilisation à la sanction, plus efficace sur le long terme.

Saturation du local poubelles

Si le local déborde fréquemment :

  • Vérifier que la fréquence de collecte est adaptée
  • Envisager l'installation de bacs supplémentaires ou de plus grande capacité
  • Proposer un audit déchets par la collectivité (service souvent gratuit) pour dimensionner correctement
  • Étudier l'option bacs enterrés (investissement important, mais gain de place et d'esthétique)

Vandalisme et dégradations

Les bacs et panneaux peuvent être dégradés. Pour limiter les dégâts :

  • Caméras de surveillance dans le local (si autorisées par l'AG)
  • Fermeture à clé du local avec badge ou code résidents
  • Matériel robuste (bacs renforcés, signalétique en PVC épais)

En cas de dégradation importante, un signalement à la police municipale peut être utile, notamment si le local est accessible de l'extérieur.

Outils et aides disponibles

Subventions publiques

De nombreuses collectivités proposent des aides financières pour l'installation de composteurs collectifs, l'achat de bacs de tri ou la mise aux normes du local poubelles. Renseignez-vous auprès :

  • Du service déchets de votre mairie ou intercommunalité
  • De l'ADEME (Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Énergie)
  • De votre région (certaines ont des programmes dédiés)

Les montants varient de 50 % à 100 % du coût d'équipement selon les dispositifs.

Formations et accompagnement

Des formations gratuites sont souvent proposées :

  • Maître composteur (1 à 2 jours) pour apprendre à gérer un composteur collectif
  • Atelier tri sélectif pour comprendre les filières de recyclage
  • Visite de centre de tri pour voir concrètement le devenir des déchets

Ces formations renforcent la motivation et les compétences des référents.

Kits de communication

L'ADEME et de nombreuses collectivités mettent à disposition des kits de communication téléchargeables :

  • Affiches de tri
  • Mémos consignes
  • Guides résidents
  • Modèles de courriers

Ces ressources sont généralement personnalisables avec le logo de la copropriété.

Perspectives et évolutions réglementaires

La réglementation sur les déchets en copropriété évolue régulièrement. Parmi les tendances à surveiller :

Extension du tri 5 flux

Certaines métropoles envisagent d'étendre l'obligation de tri 5 flux à toutes les copropriétés, quel que soit le volume produit. Cette mesure vise à harmoniser les pratiques et à augmenter les taux de valorisation.

Tarification incitative

La redevance incitative (paiement au volume ou au poids de déchets) se développe dans plusieurs territoires. En copropriété, cela implique :

  • Pesée des bacs lors de la collecte
  • Facturation proportionnelle au volume d'ordures ménagères résiduelles
  • Incitation forte au tri et à la réduction des déchets

Ce système favorise les comportements vertueux et peut réduire les charges de 20 à 40 % pour les copropriétés performantes.

Consigne pour recyclage

Le retour de la consigne pour les bouteilles plastique et canettes est à l'étude en France. Si elle est mise en place, les copropriétés devront peut-être s'équiper de bornes de déconsignation ou adapter leurs circuits de collecte.

Conclusion

Organiser un tri efficace en copropriété n'est plus une option, mais une obligation légale et un levier d'économie. En combinant équipements adaptés (bacs, composteur, signalétique), communication régulière et mobilisation des résidents, chaque immeuble peut atteindre des taux de tri élevés et réduire ses charges de collecte.

La clé du succès repose sur trois piliers :

  1. Infrastructures claires : local poubelles fonctionnel, bacs visibles et accessibles
  2. Information continue : rappel des consignes, formation des nouveaux arrivants
  3. Animation humaine : référents, ambassadeurs, réunions thématiques

Les retours d'expérience montrent qu'avec un minimum d'organisation et d'investissement (souvent subventionné), les copropriétés peuvent diviser par deux leurs erreurs de tri et valoriser jusqu'à 70 % de leurs déchets. Un geste pour l'environnement, mais aussi pour le porte-monnaie collectif.


Sources


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