Urban mining : récupérer les métaux précieux des équipements urbains en fin de vie

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L'urban mining, c'est l'idée que nos villes sont des mines. Pas métaphoriquement : littéralement. Les câbles de cuivre sous nos rues, les batteries lithium de nos voitures électriques, les cartes électroniques de nos équipements industriels, l'aluminium des luminaires LED — tout ça contient des métaux dont la concentration dépasse souvent celle des minerais naturels. Et contrairement aux mines africaines ou australiennes, ce gisement est là, à portée de main.

Qu'est-ce que l'urban mining exactement ?

L'urban mining — ou mine urbaine — désigne l'extraction de matières premières secondaires à partir des flux de déchets urbains et industriels. Ce n'est pas limité aux smartphones : ça couvre l'ensemble des équipements en fin de vie qui transitent dans nos villes.

La définition académique est large : stocks de matériaux enfouis dans les bâtiments, les infrastructures, les véhicules, les équipements électroniques. On distingue trois gisements principaux :

Les stocks dormants — matériaux encore en service mais qui représentent une réserve future (câblage des bâtiments, canalisations, armatures métalliques dans le béton).

Les flux actifs — déchets en cours de génération : équipements électriques et électroniques en fin de vie (DEEE), véhicules hors d'usage (VHU), batteries, luminaires.

Les déchets historiques — matériaux abandonnés en décharge ou dans des friches industrielles.

L'urban mining actif se concentre sur les flux actifs : c'est là que les concentrations de métaux sont les plus élevées et les plus accessibles.

Les gisements urbains : où se trouvent les métaux

Câbles et réseaux électriques

Les câbles de cuivre représentent l'un des gisements les plus homogènes et les plus faciles à valoriser. Le cuivre des câbles électriques en fin de vie est recyclé à plus de 90 % en Europe — c'est l'un des taux les plus élevés de la filière métaux.

Un kilomètre de câble moyenne tension contient entre 500 kg et plusieurs tonnes de cuivre selon la section. Les projets d'infrastructure (renouvellement de réseaux électriques, enfouissement de lignes) génèrent des volumes significatifs. Les ferrailleurs et recycleurs spécialisés reprennent ces câbles, les dénudent et commercialisent le cuivre au prix du marché.

Éclairage public et industriel

La transition vers le LED a entraîné un remplacement massif des anciennes sources lumineuses. Les lampes à mercure (anciens néons, ampoules fluocompactes) et les lampes à sodium contiennent des métaux et des terres rares en quantités notables. Le mercure est un polluant dangereux soumis à obligation de traitement spécifique.

Les LED, quant à elles, contiennent de l'indium dans leurs jonctions semi-conductrices — un métal critique dont la production mondiale est très concentrée. Le recyclage des appareils électroniques couvre aussi ce gisement d'éclairage industriel et urbain.

Batteries : le gisement qui monte

C'est le gisement à suivre. Les batteries lithium-ion — pour véhicules électriques, stockage d'énergie, outillage portatif — concentrent du lithium, du cobalt, du nickel et du manganèse. Ces quatre métaux figurent sur la liste européenne des matières premières critiques.

En France, une usine de recyclage de métaux critiques de batteries est en cours d'implantation à Béthune (Pas-de-Calais) : Mecaware y a signé son bail en décembre 2024, pour une production de 8 000 tonnes par an de métaux critiques. La première unité semi-industrielle est prévue pour fin 2025.

La filière de recyclage des batteries lithium et la REP batteries pour véhicules électriques structurent ce gisement qui va exploser dans les dix prochaines années avec les premières vagues de batteries VE en fin de vie.

Véhicules hors d'usage

Un VHU moyen contient environ 70 % d'acier et d'aluminium, mais aussi du cuivre (câblage électrique, moteur), du platine et du palladium (catalyseurs), du plomb (batteries au plomb classiques) et des terres rares (aimants des moteurs électriques).

Les catalyseurs de pots d'échappement sont l'un des gisements les plus riches en métaux du groupe platine (PGM) : platine, palladium, rhodium. Un catalyseur de véhicule thermique contient entre 2 et 10 g de PGM selon l'âge et le type de motorisation. Ces métaux sont revalorisés quasi intégralement par les fonderies spécialisées.

Comparaison mine conventionnelle / mine urbaine : les chiffres

C'est là que le concept devient concret. Les concentrations de métaux précieux dans les DEEE dépassent systématiquement celles des minerais naturels.

La teneur moyenne en or d'un minerai aurifère exploitable en mine est d'environ 1 gramme par tonne. Dans une tonne de circuits électroniques (DEEE haute valeur), la concentration en or atteint 130 à 300 grammes par tonne. Un facteur de 100 à 300.

L'argent : 215 ppm dans les minerais naturels, contre 1 000 ppm dans les DEEE. Le palladium : 3 ppm en minerai, 52 ppm dans les déchets électroniques.

Ces chiffres ont une implication directe : recycler des DEEE pour en extraire les métaux précieux est énergétiquement moins coûteux que l'extraction minière conventionnelle, et géographiquement concentré dans les zones urbaines — là où se trouvent justement les opérateurs de traitement.

L'état de la filière en France

La France collecte actuellement environ 297 000 tonnes de DEEE par an (2023, en hausse de 15 % sur un an), mais cela représente à peine 45 % des DEEE mis sur le marché. L'objectif européen est de 65 %. Le gisement non collecté est massif.

Les principaux canaux de collecte :

  • Déchetteries municipales — accessibles au grand public, premier point d'entrée
  • Reprise en magasin — obligation légale depuis 2012 (AGEC renforcée) : tout distributeur reprend un appareil lors d'un achat équivalent
  • Points de collecte Écologic et Ecosystem — 16 000 points en France pour les ménages
  • Collecte en entreprise — filières B2B pour les DEEE professionnels (serveurs, équipements télécoms, outillage)

Le traitement est ensuite assuré par des centres de démantèlement agréés (CTD), qui séparent les matériaux avant de les envoyer vers des fonderies spécialisées. La quasi-totalité des métaux précieux extraits des DEEE français transitent par Umicore (Belgique) ou des fonderies allemandes et suédoises — la France ne dispose pas encore d'unité de raffinage de métaux précieux de DEEE à l'échelle industrielle.

Potentiel économique : de quoi parle-t-on ?

En 2024, l'Union européenne a estimé la valeur des matières premières critiques contenues dans les DEEE non collectés à plusieurs milliards d'euros par an à l'échelle européenne. Pour la France seule, les 55 % de DEEE qui échappent à la collecte représentent des centaines de millions d'euros de métaux non récupérés annuellement.

Le cobalt issu des batteries VE recyclées vaut entre 20 et 40 euros le kg selon le cours. Le platine des catalyseurs dépasse 30 000 euros le kg. Ces prix rendent l'urban mining économiquement viable — à condition d'avoir une logistique de collecte suffisamment dense et des volumes suffisants pour amortir les infrastructures de traitement.

Enjeux environnementaux

L'urban mining réduit la pression sur les mines primaires, dont l'impact environnemental est considérable : déforestation, contamination des nappes phréatiques, émissions de CO2 liées au transport intercontinental. Récupérer 1 tonne d'or en recyclant des DEEE émet 10 fois moins de CO2 qu'extraire cette tonne en mine.

Il y a aussi un enjeu de souveraineté : l'Europe dépend à 80-90 % des importations pour la plupart des métaux critiques (terres rares, cobalt, lithium). L'urban mining est l'un des leviers identifiés par le Critical Raw Materials Act européen pour réduire cette dépendance d'ici 2030.

Pour aller plus loin sur la filière, consultez le panorama des filières de recyclage en France et les données sur le recyclage des piles et accumulateurs qui alimentent également les filières urban mining.

Ce que vous pouvez faire

L'urban mining ne se passe pas sans collecte. Et la collecte dépend des comportements individuels et professionnels.

  • Ne jamais jeter un appareil électronique, un câble, une batterie, un luminaire à la poubelle
  • Utiliser la reprise en magasin ou les points de collecte déchetterie pour les DEEE ménagers
  • En entreprise : passer par un prestataire DEEE professionnel agréé — traçabilité BSD obligatoire
  • Donner les appareils fonctionnels avant qu'ils ne deviennent des déchets — le reconditionnement est plus vertueux encore que le recyclage

Chaque équipement correctement orienté contribue à alimenter une mine urbaine locale plutôt qu'une décharge.

Sources

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