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Crise Refashion : la REP textile en soins intensifs, réforme en mars 2026

Par Guillaume P.

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La filière textile déborde — littéralement#

Seulement 33 % des textiles usagés sont collectés en France. Moins de 10 % trouvent une seconde vie en réemploi sur le territoire. Environ 30 % des articles collectés partent au recyclage, principalement hors d'Europe. Le reste ? Incinération, décharge, export vers des pays qui n'en veulent plus.

La réalité du terrain, c'est que la filière REP textile est submergée depuis plus de dix-huit mois. Les volumes mis sur le marché explosent sous l'effet de l'ultra-fast fashion, les débouchés export s'effondrent, et les opérateurs de tri sont au bord de la rupture.

Refashion dans le viseur#

Refashion, l'éco-organisme en charge de la filière TLC (textiles, linge, chaussures), accumule les critiques. Le Sénat a interpellé le gouvernement sur la « crise de la responsabilité élargie du producteur textile » et son impact direct sur les ressourceries et recycleries.

Les reproches sont sévères : réserves financières jugées excessives alors que les opérateurs de collecte et tri suffoquent, collecte insuffisante malgré les moyens disponibles, et incapacité à anticiper l'effondrement des marchés export africains qui absorbaient historiquement une grande partie des textiles collectés.

En clair : l'éco-organisme n'a pas rempli sa mission. Le modèle économique de la filière, construit sur l'export massif de vêtements de seconde main, s'est effondré quand les pays destinataires ont commencé à refuser les flux.

Le gouvernement reprend la main#

Le 21 février 2026, les ministres Barbut et Lefèvre ont annoncé un plan en deux volets :

Soutien financier d'urgence#

Le soutien aux opérateurs de tri passe à 268 euros la tonne en 2026, contre 228 euros précédemment. C'est un pansement — nécessaire pour éviter des fermetures immédiates de centres de tri, mais insuffisant pour résoudre le problème structurel.

Refonte de la filière (mars 2026)#

Le gouvernement a fixé deux échéances :

  • 15 mars 2026 : Refashion doit soumettre un plan d'action pour mettre en place des pénalités sur les produits ultra-fast fashion. C'est la première fois que l'éco-organisme est mis sous pression directe sur ce sujet.
  • Fin mars 2026 : les ministres annonceront un scénario de refondation de la filière, articulé autour de trois principes — rationalité économique, traçabilité, et développement d'une industrie française du recyclage textile.

Le vrai problème : l'ultra-fast fashion#

Les volumes mondiaux de déchets textiles ont bondi de 40 % en quinze ans. Une benne de déchets textiles est déversée en décharge ouverte chaque seconde dans le monde. Ce n'est pas un problème de tri ou de recyclage — c'est un problème de surproduction.

La loi AGEC a posé des jalons, mais les acteurs de l'ultra-fast fashion contournent le système. Les éco-contributions sont dérisoires par rapport aux volumes produits. Un t-shirt à 3 euros génère quelques centimes de contribution REP — pas de quoi financer son recyclage en fin de vie.

Arrêtons de tourner autour du pot : tant qu'on ne s'attaque pas aux volumes mis sur le marché, aucune filière de recyclage ne tiendra. C'est comme essayer de vider une baignoire avec le robinet grand ouvert.

Ce que devrait contenir la réforme#

Si le gouvernement est sérieux sur la refondation, voici ce qu'il faudra :

Des malus dissuasifs sur l'ultra-fast fashion. Pas des centimes symboliques, mais des éco-contributions qui reflètent le coût réel de fin de vie. Le principe pollueur-payeur appliqué pour de vrai.

Une filière de recyclage textile française. Aujourd'hui, recycler du textile en fibre exploitable coûte cher et les technologies sont immatures à l'échelle industrielle. Il faut investir massivement, comme on l'a fait pour le recyclage chimique des plastiques.

De la traçabilité. Savoir qui met quoi sur le marché, en quelle quantité, et à quel rythme. Sans données fiables, impossible de dimensionner la filière correctement.

Un plafonnement des réserves. Un éco-organisme n'est pas une banque. Les contributions des metteurs en marché doivent financer les opérations, pas gonfler des réserves pendant que les opérateurs ferment.

Et l'upcycling dans tout ça ?#

Le surcyclage et le réemploi sont des solutions vertueuses, mais ils ne peuvent pas absorber les volumes actuels. Quand on parle de centaines de milliers de tonnes de textiles collectés par an, les ateliers de couture créative ne changent pas l'échelle du problème.

La solution est systémique : moins de volumes mis sur le marché (régulation), plus de réemploi (consigne, seconde main), et du recyclage industriel performant pour les fractions non réutilisables. Dans cet ordre.

Ce qu'il faut surveiller#

Les annonces de fin mars 2026 seront déterminantes. Si le gouvernement se contente d'ajuster les curseurs financiers sans toucher au modèle, la filière continuera de s'enfoncer. Si en revanche les pénalités ultra-fast fashion sont réellement dissuasives et que l'investissement dans le recyclage textile suit, on pourrait assister à un vrai tournant.

La CSRD met par ailleurs la pression sur les marques textiles pour qu'elles rendent des comptes sur leur impact circulaire. La convergence entre reporting extra-financier et obligations REP pourrait bien être le levier qui manquait.

Sources#

GP

Guillaume P.

Rédacteur spécialiste web & tech

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