Île-de-France BTP circulaire : 24 projets lauréats pour réduire les déchets

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Le 12 février 2026, la Région Île-de-France réunissait une centaine d'acteurs du secteur de la construction pour célébrer les 24 premiers lauréats de son appel à projets « Île-de-France BTP circulaire ». Un signal fort pour un secteur qui produit à lui seul 30 millions de tonnes de déchets par an en région, soit 75 % des déchets régionaux. Le chantier est immense — et ces premiers projets prouvent que des solutions concrètes existent.

Pourquoi le BTP est un défi prioritaire pour l'économie circulaire francilienne

Le bâtiment et les travaux publics est le premier gisement de déchets en Île-de-France. La région concentre une densité de chantiers sans équivalent en France : constructions de logements, rénovations, grands projets d'infrastructure (Grand Paris Express, réaménagements urbains), sans oublier les chantiers liés aux Jeux olympiques dont les effets se prolongent.

Le problème est double : d'un côté, des volumes considérables de matériaux sont mis en décharge ou valorisés de façon insuffisante. De l'autre, les chantiers de construction sont en demande permanente de granulats, d'acier et de matériaux divers qui pourraient provenir du réemploi ou du recyclage.

L'appel à projets « Île-de-France BTP circulaire » vise précisément à combler ce fossé en soutenant des initiatives qui ferment les boucles de matière sur le territoire francilien.

Les 24 lauréats : deux volets, des ambitions complémentaires

Les 24 projets sélectionnés se répartissent en deux catégories distinctes, avec des logiques d'intervention différentes.

Volet 1 — Chantiers et territoires engagés : 8 projets

Ce premier volet cible les chantiers eux-mêmes, en soutenant des démarches de prévention des déchets directement sur site. Les 8 projets retenus bénéficient de 723 725 euros de subventions.

Les résultats attendus sont ambitieux :

  • 162 400 tonnes de déchets de construction évités grâce à des pratiques de réemploi in situ, de tri renforcé et d'optimisation des commandes de matériaux
  • 533 tonnes de CO2 équivalent évités sur la durée des projets

Ces projets illustrent une approche en amont : réduire la production de déchets avant de chercher à les recycler. Cela passe notamment par le diagnostic déchets avant démolition, la conception pour le démontage et la réutilisation des matériaux sur place.

Volet 2 — Filières de réemploi et de recyclage : 16 projets

Le deuxième volet soutient le développement de filières industrielles capables d'absorber les flux de déchets BTP et de les transformer en ressources valorisables. Ces 16 projets reçoivent près de 2,5 millions d'euros de soutien.

L'impact prévu est considérable :

  • 8 665 tonnes de produits et matériaux reconditionnés ou réemployés
  • 536 260 tonnes de déchets recyclés
  • Près de 320 000 tonnes de CO2 équivalent évitées chaque année grâce aux matériaux recyclés substitués aux matières vierges

Ces projets portent sur des filières variées : granulats recyclés à partir de béton de démolition, réemploi de menuiseries et d'éléments de façade, recyclage du plâtre, valorisation du bois de chantier, logistique de collecte et de mutualisation des flux.

Quels types de projets ont été retenus ?

Parmi les lauréats, on retrouve plusieurs typologies d'acteurs et d'approches :

Des entreprises de recyclage spécialisées qui développent des capacités de traitement de fractions jusqu'ici peu valorisées. Le plâtre, le bois traité et les terres excavées polluées font partie des gisements les plus difficiles à traiter, et plusieurs projets apportent des réponses industrielles nouvelles.

Des plateformes de réemploi qui organisent la collecte et la remise en marché de matériaux de chantier en bon état. Fenêtres, portes, appareils sanitaires, luminaires et carreaux peuvent ainsi trouver preneur auprès d'autres chantiers ou de particuliers, évitant leur mise en décharge.

Des démarches de symbiose industrielle dans des zones d'activité, où plusieurs entreprises voisines mutualisent leurs flux de déchets et de matières. Une entreprise produit un déchet qui devient la matière première d'une autre — un principe d'économie circulaire appliqué à l'échelle d'un quartier ou d'une zone industrielle.

Des solutions de logistique inverse pour faciliter la collecte des petits volumes de déchets produits par les artisans. C'est l'un des défis les plus complexes : les gros chantiers disposent de moyens de tri et d'évacuation, mais les artisans du bâtiment qui interviennent sur de petites surfaces peinent à accéder aux filières de collecte agréées.

La REP PMCB : le cadre qui rend tout cela possible

Les projets franciliens s'inscrivent dans le cadre de la filière REP PMCB (Responsabilité Élargie du Producteur — Produits et Matériaux de Construction du Bâtiment), entrée en vigueur en 2023. Cette filière oblige les fabricants et distributeurs de matériaux à financer la reprise gratuite des déchets de construction dans des points de collecte agréés, répartis sur tout le territoire.

En Île-de-France, les quatre éco-organismes agréés (Valobat, Ecominero, Ecomaison, Valdelia) déploient progressivement leurs réseaux de collecte. L'appel à projets régional vient amplifier cette dynamique en soutenant des initiatives qui vont au-delà des obligations minimales de la REP — notamment sur le réemploi, qui n'est pas directement imposé par la filière.

Pour plus d'informations sur la REP PMCB et ses obligations concrètes pour les professionnels, voir notre article sur le recyclage des déchets BTP.

La suite : un nouvel appel à projets ouvert jusqu'en mai 2026

Fort du succès de cette première édition, la Région Île-de-France a annoncé le lancement d'un nouvel appel à projets « Île-de-France BTP circulaire » en 2026, avec des candidatures ouvertes jusqu'au 21 mai 2026.

Les porteurs de projets implantés en Île-de-France et intervenant dans le secteur du bâtiment et des travaux publics peuvent soumettre leurs dossiers via le portail de la Région. Les critères de sélection portent sur :

  • L'impact environnemental quantifié (tonnes de déchets évités ou recyclés, CO2 évité)
  • L'effet de levier économique de la subvention
  • L'exemplarité et la reproductibilité du modèle
  • La complémentarité avec les filières REP existantes

Ce que ces projets changent concrètement

Pour les professionnels du BTP franciliens, les retombées pratiques de ces 24 projets se matérialisent de plusieurs façons :

  • De nouveaux points de collecte et de réemploi accessibles dans la région
  • Des solutions logistiques mutualisées pour les petits chantiers qui peinent à accéder aux filières
  • Des références de réemploi qui alimentent les retours d'expérience nécessaires à la généralisation des pratiques dans les marchés publics
  • Des emplois locaux dans des filières de proximité, à contre-courant des logiques d'exportation des déchets vers des pays tiers

L'enjeu à terme est de faire de la région capitale un modèle de construction circulaire, où les déchets d'un chantier deviennent les ressources du suivant. C'est ambitieux, mais les 24 projets retenus montrent que les acteurs qui le souhaitent peuvent déjà s'inscrire dans cette logique.

Sources

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